Carnet n°684 du 1er novembre 2021

« La fin justifie les moyens. Mais qu’est-ce qui justifie la fin ? »

C’est, une fois encore, une citation d’Albert Camus qui titre aujourd’hui mon 684 -ème carnet, une citation extraite de « L’homme révolté », un essai publié en 1951 qui faisait suite à son  » voyage dans la négation et l’absurde  » avec, entre autres,  » Le mythe de Sisyphe « 

et ce,  pour se concentrer maintenant sur  » le positif  » que constitue la révolte qui donne du sens à l’existence . (« Je me révolte donc je suis »)

Pour Albert Camus, en effet, s’il est courant d’entendre dire que  » la fin justifie les moyens « , il est le seul, à ma connaissance, à s’interroger sur ce qui justifie  » la fin  » ….

Et là encore, une fois encore,  » on baigne  » dans l’actualité dans tous les domaines que ce soit dans les provocations hongroises vis-à-vis de l’Europe, dans l’attitude de Boris JOHNSON après le Brexit, dans celle de la Chine qui retrouve les voies politiques sans concession du communisme 

et, bien entendu, dans les débuts de la campagne des élections présidentielle en France où  » la fin  » pour chaque candidat(e) déclaré (e) ou potentiel(le) est, bien sûr, de gagner, mais  de « gagner pour quoi faire » et donc, pour elles et pour eux,  « que dire pour gagner » ?…(« That is the question » comme aurait dit Shakespeare )….

Et c’est là, qu’en écho au titre de mon carnet de la semaine dernière  » L’important ce n’est pas d’être grand, c’est d’être à la hauteur « ,

il est intéressant de se rappeler ce qu’en disait François Mitterrand : « À côté des vrais grands hommes existent ceux qui croient l’être, innombrables et perchés à chaque étage de l’échelle des grandeurs ».

Ce sont en effet les mêmes  » grands hommes et grandes femmes  » qui, en décidant eux-même de  » la fin « , justifient les moyens qu’ils se donnent pour l’atteindre sans jamais justifier  » la fin  » en elle-même….

Si on regarde pour les Présidentielles de 2022 chaque candidat(e) qui s’est fixé comme « fin »

soit de gagner et être Président(e), 

soit de se donner du poids dans de futures négociations pour  » répartir des fruits de la victoire « , 

ou simplement d’exister  » ici et maintenant « ,

avec peut-être une mention particulière pour Anne Hidalgo qui a  » l’ambition d’être à la hauteur  » d’une mission historique, celle d’arrêter la disparition en cours de la social démocratie Française

si donc pour certain(e)s  » la fin  » consiste à vouloir gagner et être Président(e), l’électrice et l’électeur peut le comprendre et donc aller voter 

tandis que si  » la fin  » est autre … comment s’étonner des taux d’abstention ?….

Si j’ajoute à cela un autre citation de François Mitterrand « La démocratie, c’est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises », 

et si c’est aussi une autre de ses citations qui préside à certaines décisions  » des princes et des princesses qui nous gouvernent  » : 

« mieux vaut maintenir en place un adversaire docile qu’installer un ami indocile », 

on aura tout compris, je le pense, des raisons du marasme actuel en politique 

avec, à  la clé en France, dans les sondages d’aujourd’hui des candidats d’extrême droite qui pèsent au total  plus de 35 % auxquels on peut  ajouter d’autres  » prêts à tout  » pour recueillir auprès d’eux quelques  » fruits du pouvoir » comme « L’opportuniste » de Jacques Dutronc qui après  » avoir tant retourné sa veste qu’elle craque de tous les côtés  » nous dit   » qu’à la prochaine révolution, il retourne(ra) son pantalon « .

C’est pourquoi, je le répète, je me refuse aujourd’hui à faire des prévisions quand, pour l’instant, on ne connait que des  » moyens  » mis en route sans véritablement connaître  » la fin  » qui pourraient peut-être justifier ces moyens.

Ce qui est sûr, c’est que celui qui pensait  » repasser  » facilement en 2022 en faisant tout pour avoir le même scénario qu’au deuxième tour de 2017, s’est déjà trompé car à force de provoquer le pire en termes d’idées et de comportements, on est en passe de risquer d’atteindre  » le pire du pire »…

Ce qui est sûr aussi c’est que, comme pour l’amour de sa patrie et de l’histoire de sa patrie, 

en abandonnant tout ce qu’il y a de positif dans la souveraineté,

on a laissé le champs libre à de soi-disant souverainistes pour qui leur seule fin est la conquête du pouvoir…

et il en est de même pour le droit légitime à la sécurité … dont les forces chargées de nous l’assurer sont de plus en plus malmenées mais que certain(e)s à gauche ont cru bon de nier.

Les gauches et leurs dirigeants s’étant ainsi fourvoyés, divisés et déchirés,

elles ne pèsent plus aujourd’hui au total dans les sondages qu’un peu plus de 20 %…, ce qui laissera d’ailleurs en 2022, davantage de places à celles et ceux qui issus des droites sont prêts à  » retourner leur pantalon « ….

Et j’en ai peur quand je regarde l’avenir, sinon en 2022 (encore que…) mais sûrement en 2026 si on continue sur cette voie:

« Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse » 

« Tel est pris qui croyait prendre » (  Jean de La Fontaine : « Le rat et l’huître ») …,

à force de « prendre des vessies pour des lanternes », … on se brûle comme l’avait dit l’humoriste Pierre Dac.

J’aurais pu, à l’occasion de mon carnet de ce 1er Novembre 2021, rappeler à propos d’une cinquième vague  » annoncée  » du COVID ce que j’en disais déjà début 2020…. mais je me contenterai, vu la gravité de ce qui pourrait nous arriver, de redire à nos dirigeants de faire preuve d’un peu plus de modestie dans leur expression.

J’aurais pu aussi reparler de la sécurité, des trafics de stupéfiants, des gens du voyage et des Roms laissés libres de faire n’importe quoi et des actes de violence quotidiens qui s’étendent un peu partout

en disant au gouvernement que si c’est pour lui un moyen d’en rejeter  la responsabilité sur les maires, 

cela justifiera d’abord chez celui, celle ou ceux pour qui  » la fin  justifiant les moyens », des propositions liberticides voire mortifères pour nos Démocraties….

À ce stade, si j’avoue parfois une certaine lassitude face à de telles attitudes qui nous conduisent aux abîmes ,

une lassitude, un découragement, mais ni une démission ni une désertion de ma part, ce qui serait une faute impardonnable vis-à-vis des générations à venir et de nos enfants à beaucoup plus court terme.

Et heureusement, comme l’a dit encore Albert Camus dans « Le premier homme », 

qu’« il y a des êtres qui  justifient le monde et qui aident à vivre par leur seule présence »,

une citation qui a clôturé mon intervention lors de la remise de l’Insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur à Madame Nanou Rousseau, fondatrice et militante de « Mères pour la Paix »,

une citation qui nous rappelle que si, pour des raisons médiatiques, on parle plus souvent du mal que du bien 

comme de celles et de ceux qui les portent,  » ces êtres qui aident à vivre  » sont beaucoup plus nombreux qu’on le croit.

Ils nous poussent à rester malgré tout optimistes sachant, comme l’a écrit André MAUROIS, que :

                         « Le monde progresse grâce aux choses impossibles qui ont été réalisées. »

Et moi, envers et contre tout, j’y crois !

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