Carnet n°680 du 2 octobre 2021

« La société politique contemporaine est une machine à désespérer les Hommes »

En lisant cette citation d’Albert Camus qui date pourtant des années 50 du vingtième siècle, on a franchement, en ces jours d’automne 2021, l’impression de lire

le  » papier  » d’un politologue d’aujourd’hui paru dans la presse de ce matin.

Cela prouve au moins deux choses :

  – L’une que je ne cesse de répéter à longueur de carnets, qui a pour nom «  l’éternité  » de la pensée d’Albert Camus.

  – L’autre qui nous confirme que, finalement, «  quand tout change, rien ne change vraiment « .

Si j’ajoute à cela une autre citation de Camus :

           « Par définition, un gouvernement n’a pas de conscience. Parfois il a une politique, rien de plus. » …,

 » la coupe est pleine  » !

   Et il est vrai qu’Albert Camus avait déjà, il y a près de 70 ans, bien des raisons de penser et d’écrire celaà l’heure d’une IVème République qui compta 24 gouvernements et 16 Présidents du Conseil différents dont Edgard Faure, un spécialiste en la matière, qui disait : « ce ne sont pas les girouettes qui tournent, c’est le vent « ,

Edgard Faure qui, en 1985, osera  écrire au Président Mitterrand :  » Monsieur le Président, je suis à votre disposition, moi qui, vous le savez, suis le mitterrandiste de l’opposition ». Cela me fait penser à ces anciens élus du PS recyclés qui se disent « la gauche de la macronie » …

Si on ajoute à cela, durant ces années 50 du vingtième siècle,  « les conditions » du retour aux affaires du Général de Gaulle en 1958 sous « la pression » de généraux français en Algérie  au son de « Vive l’Algérie Française « ,  et les écrits « incendiaires » de Michel Debré dans « le Courrier de la colère « ,

Albert Camus avait, oui, bien des raisons de constater, en ces termes, une situation politique qui débouchera sur la Vème République conçue par le Président De Gaulle qui montra heureusement  ainsi qu’il était un vrai Républicain et un grand Président.

Mais aujourd’hui, si ces institutions de la Vème République nous protègent heureusement d’une « pagaille institutionnelle » (avis et avertissements aux « laudateurs » d’une VIème République qui risquerait de ressembler à la IVème),

elles ne nous protègent pas, car ce n’est d’ailleurs pas leurs rôles, du fait de devoir vivre et de subir  une société politique qualifiée de « machine à désespérer les Hommes « .

    La semaine écoulée vient à nouveau de nous en fournir de multiples illustrations que je cite en vrac, égales qu’elles sont à peu près toutes dans leur médiocrité… sinon dans leur gravité pour certaines …:

– Des sondages « qui tournent fous » au gré d’ailleurs de questions posées différentes qui, de ce fait, faussent les comparaisons.

– Le spectacle d’un ancien Président de la République condamné en première instance à un an de prison ferme dont il a naturellement fait appel, lui qui, en 2015, s’opposait aux  » aménagements de peines de plus de 6 mois « .

– Le ton du Premier Ministre au Congrès des Présidents de Région dénoncé par la plupart de ces derniers comme  » choquant et humiliant « .

– La perdante de la primaire des Verts  qualifiée de « mauvaise perdante » par le Secrétaire national du parti des verts qui ne devrait pourtant pas s’en étonner.

– Édouard Philippe sur le mode  » coup de pied de l’âne  » dans une macronie « qui se cherche ».

« L’annonce qu’en 2020, et donc en pleine crise sanitaire, le Gouvernement a supprimé plus de 5 700 lits d’hôpitaux et fermé 25 établissements.

– Une extrême droite en forte progression même si encore « éclatée » entre Mme Le Pen et Mr Zemmour.

– Des « Républicains »(LR)  qui pataugent toujours dans un marécage à coups de  » grands écarts  » qu’ils ne  dissimulent même plus.

– Des socialistes qui continuent  leur descente en « chute libre  » malgré l’honnête  candidature d’Anne Hidalgo.

– Un Yannick Jadot qui a des potentiels à défaut d’avoir de vrais amis dans son camp, preuve supplémentaire qu’il n’y a, pour personne, d’ ami(e)s en politique (c’est une leçon que j’ai appris de François Mitterrand).

– Une Ségolène Royale « balayée » du Sénat qui, pour se venger sans doute, se ressent « pousser des ailes de candidate aux Présidentielles ».

    Si Albert Camus encore a pu dire :  « Il y a des êtres qui justifient le monde et qui aident à vivre par leur seule présence »,

on peine à en trouver aujourd’hui en France  et malheureusement pas davantage ailleurs quand on regarde du côté des États-Unis, de la Turquie, de la Russie, de la Chine, du Moyen-Orient, de l’Afrique, de la Grande-Bretagne et du « cœur de l’Union européenne »…

Le social-démocrate que je suis peut, bien sûr, essayer de trouver une maigre consolation du côté de l’Allemagne avec la victoire certes relative du SPD  surtout d’ailleurs due à la lourde défaite de la CDU de Mme Merkel, même si c’est loin « d’être fait » vues toutes les alliances possibles pour former un gouvernement.

   Si on ajoute à cette (et ces) situation(s) politique(s), ce qui se passe à l’échelle de la Planète en termes d’environnement, de violences et d’intégrismes,  celle de la France en termes de coûts de l’énergie qui explosent (+57% pour le gaz depuis le 1er janvier 2021) avec une Ministre dite de la transition écologique  qui déclare, en mode « langue de bois »,   » travailler à ce que nos concitoyens ne soient pas trop impactés « ,

là aussi « la coupe est pleine ».

 Enfin  » cerise sur le gâteau  » :

À Villeneuve d’Ascq, le Préfet interpelé par mes soins en tant que Maire concernant son « inaction » vis-à-vis des « gens du voyage » qui envahissent nos quartiers et plus spécialement la Haute-Borne, dont la réponse n’a été que de me faire parvenir un arrêté annulant la grande course amateur, le marathon EKIDEN qui devait s’y dérouler en en privant ainsi ses milliers de participants.

Je pèse mes mots, mais je le dis :  C’est une honte !

Que dire en effet d’un gouvernement et d’un Président de la grande puissance que la France pense être encore qui sont incapables de faire respecter la loi par quelques centaines de familles de nomades ?

On me dira que les sondages nous indiquent pourtant que Monsieur Macron reste populaire tout comme son Premier Ministre.

Pour autant, »avec ma (trop) longue expérience » je sais que, si cela ne préjuge rien en rien en terme électoral pour les Présidentielles dans 6 mois, c’est la preuve aujourd’hui d’une déstructuration complète de notre et nos sociétés avec, au bout, toutes les formes de violence dont on vit déjà les prémices.

Franchement, à l’heure où j’écris ce 680ème carnet, quelques heures avant d’être hospitalisé pour une opération destinée à me poser une prothèse à la hanche droite, j’aimerais trouver des raisons d’être optimiste pour ce qui est de  » la politique  » mais j’ai beau chercher … je n’en trouve pas !  

Pour autant je veux toujours y croire et continuer à me battre … ayant au fond de moi « ancré » depuis » ma prime jeunesse » ces mots de Jean Jaurès :

          «  Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remord pour le présent et une confiance inébranlable pour l’avenir ».

Cette « confiance inébranlable pour l’Avenir  »  je l’ai, envers et contre tout, ayant une confiance inébranlable en notre jeunesse et en nos enfants !

Je voulais le redire et le répéter.

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