Carnet n°656 du 19 avril 2021

« MA VIE… »

Les plus anciens d’entre nous s’en souviennent, c’est le titre d’une chanson d’Alain Barrière de 1964 qui se termine ainsi : « mais c’est long le chemin », une chanson gravée sur un disque vinyle dont j’ai retrouvé la pochette lors d’un de « mes derniers voyages dans mon passé » et qui donc m’a finalement inspiré le titre de mon 656ème carnet de ce lundi 19 avril 2021.

Après mon carnet n°655 du 12 avril consacré à Albert Camus, un carnet à la fois intemporel et tellement dans l’air des temps que nous vivons, mon idée était en effet au départ de revenir pleinement à l’actualité épidémique, économique, sociale, politique voire politicienne dont nous avons eu maints exemples durant la semaine écoulée.

Mais c’est en retrouvant un autre texte de Camus tiré de son roman « l’État de Siège » :

« Vous avez tous cru que tout pouvait se mettre en chiffres et en formules. Mais dans cette nomenclature, vous avez oublié la rose sauvage, les signes du ciel, les visages d’été, la grande voix de la mer, les instants de déchirement et la colère des Hommes »,

que je me suis dit que je n’en avais pas fini avec mon philosophe préféré et que je pouvais aussi un peu parler de ma propre vie qu’il a inspirée, non pas en termes de « mémoires » dont j’ai toujours dit le peu d’intérêt historique, («  les mémoires des hommes politiques sont à l’Histoire ce que Viollet-le-Duc est à l’architecture »),

mais sous forme d’images de situations tirées de mon passé qui peuvent peut-être non pas servir de leçons mais donner de l’espoir à celles et ceux qui désespèrent et ce, pour sortir de « l’habitude du désespoir » dont Albert Camus disait aussi « qu’elle était pire que le désespoir lui-même ».

Avec donc en ouverture de ce 656ème carnet un autre texte d’Albert Camus tiré de « l’Homme Révolté » de 1951 :

« Au bout des ténèbres une lumière pourtant est inévitable que nous devinons déjà et dont nous avons seulement à lutter pour qu’elle soit. »,

je vais essayer maintenant, de m’y employer en rappelant d’abord que je suis né le 27 février 1945, un mois après la fin de la bataille des Ardennes qui avait failli renverser au moins temporairement le cours de la fin de la guerre (à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau de mon village natal de Royaucourt-et-Chailvet), 9 mois après le débarquement de Normandie et à moins de 2 mois et demi de la victoire du 8 Mai 1945.

Quatre ans plus tard j’entrais à l’école de mon village « à classe unique » .

Petit-fils de cheminot devenu ouvrier agricole à sa retraite, fils d’employé de bureau et d’une « mère au foyer » née en Pologne, Stanislawa JANCZEWSKI, petit citoyen d’un village agricole d’une centaine d’habitants,

« Je n’avais donc pas que des atouts dans mon jeu » mais, d’entrée, une vraie sensibilité rurale qui m’a bercé de ses couleurs et de ses odeurs et qui a sans doute contribué à ce que j’ai voulu et su conserver de nature à Villeneuve d’Ascq, ainsi que, très vite, le sentiment que si dans toute vie faite de hasards, de choix et de volontés, tout ne dépend pas que de nous…, beaucoup dépend aussi de nous… 

76 ans après, ont 58 d’activités professionnelles et électives, je pense l’avoir montré et j’espère le montrer encore à des jeunes qui désespèrent en se refermant sur eux mèmes que si tout ne dépend pas d’eux, les hasards ne font pas tout si la volonté est là « de s’en sortir ».

À l’âge de 7 ans je rejoignais l’école communale de garçons de Laon, mes parents ayant déménagé dans le chef-lieu de l’Aisne.

À 10 ans, je rentrais au Lycée en 6ème dans une classe où j’étais un des rares à venir d’un milieu « aussi modeste » dont le nom de ma mère, épelé en ouverture de l’année, provoquait des ricanements (rappelons que l’expression « Polack » n’était pas vraiment un « compliment » pas plus que « Rital » pour les italiens et d’autres assénés depuis à de nouveaux immigrés … que je préfère ne pas citer.)

À 17 ans je réussissais mon bac « Math-élem ».

À 18 ans, après quelques mois au lycée technique de Reims ainsi qu’à l’Université de cette ville en Physique-Mathématiques,

j’entrais à la Trésorerie générale de l’Aisne comme « aide temporaire ». J’y passais et j’y réussissais les concours de contrôleur et d’inspecteur stagiaire du Trésor ce qui me permit  de « monter  » à Lille pour deux ans de licence es-sciences économiques avant 2 ans à Clermont Ferrand où j’ai suivi Dinah Derycke, elle même inspecteur élève des impôts dont l’école nationale y avait été transférée par Valery Giscard d’Estaing

Je m’arrêterai là pour aujourd’hui en espérant ainsi avoir mieux fait comprendre mon goût pour la nature et pour  l’agriculture où j’ai accompagné mon grand-père et donc mon envie pour Villeneuve d’Ascq d’être pleinement une « Ville nature et nourricière »,

en même temps (comme dirait M. Macron qui lui et les siens n’ont pas connu ces types de parcours), avoir montré une pugnacité pour réussir à m’en sortir en prouvant par mes efforts  ce que je valais et peut-être, même si je ne l’imaginais pas alors, avoir ainsi fait de ma vie publique ce qu’elle aura été,… mais ce, malheureusement « en me conduisant » par ailleurs à sacrifier ma vie privée et donc celles et ceux qui la constituaient… ( ceci est une autre histoire que je n’écrirai jamais, choisissant de me laisser seul face à mes regrets et à mes remords).

On est alors arrivé à l’année 1968 quand je finissais ma Licence en septembre après « nos luttes de mai », septembre 1968 où je fis un stage de percepteur à Roubaix avant de passer le concours de Professeur de Sciences et techniques économiques pour commencer à enseigner au Lycée Turgot en septembre 1969

et ce, tout en étant « militant de base à gauche  » d’abord de la SFIO dès 1964, puis du PS et de la FGDS… membre depuis de ce qu’on a appelé « la Génération Mitterrand »… et fier de l’être … sans pour autant aucune ambition élective particulière,

ce dont je parlerai plus tard dans mes prochains carnets et, on le comprendra, toujours sous le signe des « hasards et des volontés » qui font la vie.

Pour en terminer avec cette partie, je citerai à nouveau une pensée d’Albert Camus :

« Dans un monde injuste ou (et) indifférent, l’Homme peut se sauver lui-même et sauver les autres par l’usage de la sincérité la plus simple »

c’est ce que j’ai toujours essayé de faire et il n’est pas question pour moi de jamais en changer…

La semaine écoulée depuis le 12 avril aura vu, une fois encore, des masses de chiffres assénés à longueur d’émissions de télévision, dont les plus de 100 000 morts du COVID en France, les millions de victimes à l’échelle de la planète, les nombres « à géométries variables » de vaccinés en France, des calendriers et des promesses de « retour à la normale » qui nous donnent le tournis au gré des déclarations ministérielles de M. Castex, M. Véran et M. Attal…,

à l’image de l’horizon, « le retour à la normale » s’éloignant au fur et à mesure que l’on avance.

Je me souviens des réactions que j’avais provoquées, y compris parmi des proches, lors des débats budgétaires quand j’avais parlé de 2022 comme « l’année du revivre enfin… »

Aujourd’hui cette échéance n’est même plus une certitude…

La semaine écoulée aura vu aussi les agitations des politicien(ne)s de tous bords en vue des élections régionales de 2021 et des élections présidentielles de 2022…

Je préfère n’en rien dire… tout cela me « désole… » .

Une chose est sûre : s’ils continuent sur cette lancée, tout est possible… mais surtout le pire !

Heureusement, cette semaine aussi enfin, à Villeneuve d’Ascq, une majorité d’élu(e)s que je remercie à nouveau avec la plus grande partie de nos services municipaux sans oublier beaucoup de citoyens bénévoles et autres partenaires, auront encore donné le meilleur d’eux-mêmes pour lutter contre la pandémie de la COVID et toutes ses conséquences, pour faire face à une insécurité croissante fruit de la crise et des inconséquences de nos gouvernants, pour répondre au mieux à la détresse sociale d’un grand nombre de nos concitoyens de tous âges et ce, en étant à leur contact permanent quotidien.

Reste que beaucoup des problèmes que rencontrent les citoyen(ne)s qui nous valent des dizaines d’interpellations par jour ne dépendent que peu, sinon pas, de nous en matière d’emplois, de logements ou de règles d’urbanisme.

Malgré tout… on est là, à l’écoute… et on fait de notre mieux !

C’est dur, très dur et cela rend d’autant plus insupportables les agitations des « princes qui nous gouvernent » et des candidats à leurs remplacements…

Mais ainsi va la vie et quand, comme moi, on s’est engagé à donner le meilleur de soi-même… on le fait… sans attendre aucune reconnaissance de qui que ce soit et ce ,tant qu’on en a la force…

Si, comme l’a dit Albert Camus dans son roman « l’Homme Révolté », tout le malheur des Hommes vient de l’espérance…

cela, au moins, ne risque pas de m’arriver…

Voilà, j’en ai terminé… ou presque ,car je ne voulais pas clore ce carnet sans parler de Madame Sarah Halimi, une citoyenne de confession juive de 65 ans en 2017 quand elle fut sauvagement assassinée au cri de « Allah Akbar », Madame Sarah Halimi dont on a eu confirmation ces jours derniers que « le principal suspect »de sa mort ne fera même pas l’objet d’un procès étant jugé « irresponsable » en ces termes : « il y a des raisons plausibles d’une abolition de discernement » (et je n’ose même pas avoir l’impudeur d’écrire ces « raisons » telles que j’ai pu les lire dans les médias…de cette « abolition du discernement » !)

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