Carnet n°655 du 12 avril 2021

 » Vivre c’est ne pas se résigner  » (Albert Camus)

Il y a une semaine, le 6 avril, je terminais ainsi mon 654èmecarnet : « je n’en dirai pas davantage m’interrogeant même sur l’utilité de continuer à écrire un carnet…

    Les 6 jours derniers écoulés m’ont confirmé, au moment de prendre ma plume pour préparer mon 655ème carnet, que les jours passés sont restés, plus que jamais, sous le signe de ce qui m’a conduit à faire le choix de mes 6 derniers titres : « Comme un parfum de fin d’un monde « , « Un jour sans fin », « Edge of tomorrow », « Tomber de Charybde en Scylla », « Entre les ailes d’Icare », « Le mythe de Sisyphe »…,

6 jours à l’image de 6 semaines, faits de chiffres plus contradictoires les uns que les autres, de déclarations multiples et variées du même type, de visites de ministres un peu partout à travers la France, entourés de collaborateurs, de personnalités, d’élus et de médias, de « consultation bidon des Maires » autant de « spectacles » tout à fait contraires aux règles sanitaires qui sont imposées à tous les autres citoyen(ne)s, des règles que personnellement je respecte pour le couvre-feu (sauf pour nos Conseils Municipaux et les Conseils de la MEL) et bien sûr en ne m’éloignant jamais de mon domicile au-delà des 10 km édictés (même si je me demande aussi pourquoi 10 km ?).

 C’est alors ainsi que durant ces jours passés, l’idée m’est venue de consacrer l’essentiel de mon carnet à un écrivain, philosophe et « homme pour l’éternité » qui m’a, à ce jour, accompagné durant plus de 60 ans, Albert Camus dont j’ai lu durant ma vie l’essentiel de ses œuvres, en partageant l’essentiel de ses valeurs et de ses idées depuis que je l’ai découvert à l’âge de 15 ans dans mon Lycée Public de Laon non pas en cours, mais durant des rencontres organisées par l’aumônerie catholique au cours desquelles un jeune prêtre, motard de surcroit, nous faisait réfléchir et débattre des œuvres de Jean-Paul Sartre et d’Albert Camus…

Albert Camus, né en Algérie le 7 novembre 1913, mort le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture, à une époque donc où les accidents de voiture tuaient 3 fois plus qu’aujourd’hui chaque année,

Albert Camus qui, au cours de sa courte vie, a beaucoup « produit » en tant qu’écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste, nouvelliste, journaliste à « Combat », dont toute l’œuvre développe un humanisme fondé sur « l’absurde » de la condition humaine et la révolte comme réponse à l’absurde.

S’il est d’abord un témoin de son temps en lutte contre les idéologies et les abstractions qui détournent de » l’humain « , ce qui le fait s’opposer au marxisme, au stalinisme et donc rompre d’avec Jean-Paul Sartre,

s’il a reçu en 1957 un Prix Nobel de Littérature mérité, 

il restera pour moi « un homme pour l’éternité » dont la pensée, et je pense le montrer avec ses nombreuses citations que je reprends dans mes carnets, est toujours d’actualité, d’où ma qualification « d’éternité » vues les analyses que je fais moi-même en ce début de 21ème siècle, 90 ans après ses premiers écrits et plus de 60 ans après ses derniers…

S’il est d’abord connu et reconnu par et pour ses romans, et ses essais dont « L’étranger » (1942), « Le mythe de Sisyphe », « La peste » (1947), « L’homme révolté » (1951), « La chute » (1956), « Caligula » (1958), il ne faut pas oublier ses 3 carnets, qui regroupent 9 cahiers mis en forme et publiés par Roger Quillot (que j’ai aussi bien connu à Clermont Ferrand), des carnets qui couvrent pratiquement toute sa vie et que Roger Quillot a publié après sa mort,

le carnet I de mai 1935 à février 1942, le carnet II de février 1942 à mars 1951, le carnet III de mars 1951 à décembre 1959.

Il démontre ainsi d’ailleurs « entre autre » que si « le temps n’existe (surement ) pas » à l’échelle de l’Univers et qu’il tout à fait relatif à l’échelle de l’Homme, il l’est davantage encore au niveau de chaque individu, et ce, à travers une œuvre « éclatée » y compris entre ses temps d’écriture et ceux de ses publications.

Un exemple parmi de multiples autres avec cette citation tirée de « La Mort Heureuse » écrit en 1938 et publiée en 1971:

« Il faut du temps pour être heureux. Le bonheur est lui aussi une longue patience. Nous usons notre vie à gagner de l’argent alors qu’il faudrait, par l’argent, gagner son temps… »

    Dans tous ses écrits durant plus de 25 ans, il évoque ce qui se passe autour de lui, y compris dans « son Algérie » qui le déchire, la vie de l’écrivain qu’il est , son travail, sa famille ,ses engagements, ses difficultés et ses doutes (dont il dit que les doutes sont ce que nous avons de plus intime), « les constats d’un homme qui doute de l’incompréhension qu’il rencontre »,

des écrits riches de diversités et de contrastes, de réflexions optimistes ou amères, une œuvre dans laquelle je me suis toujours retrouvé et que Roger Quillot a contribué à faire connaître dans sa plénitude, lui ,Roger Quillot ,qui fut Ministre socialiste , Sénateur et surtout Maire de Clermont Ferrand qui aimait à dire sa fierté « d’avoir recousu sa ville » (comme j’ai peut-être l’immodestie de penser que j’ai contribué, durant 45 ans, à « coudre » la mienne…)

  Albert Camus, « un homme pour l’éternité », ses réflexions optimistes ou amères, toujours de bon sens et d’actualité quand il nous dit :

« Si un homme échoue à concilier justice et liberté, il échoue à tout »,

quand il rappelle ce qu’il  a connu (et que j’ai connu enfant ) : « la différence entre la pauvreté financière et la misère que connaissent tant d’hommes et de femmes aujourd’hui, la misère dont il est plus difficile de s’échapper que de la pauvreté»,

quand aussi il ne cache pas ses doutes en déclarant un jour « qu’il se force à écrire ce journal »

et à propos de la politique, « cette gauche dont je faisais partie malgré moi et malgré elle »,

avec dans « La Chute » en 1956 son affirmation « qu’il est plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre »,

ajoutant ailleurs « qu’il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre ».

Je me reconnais enfin dans ce qu’il avait écrit alors âgé d’à peine plus de 40 ans, « moi dont les 76 ans ont sonné à l’horloge » :

« Alors que dans la journée le vol des oiseaux paraît toujours sans but, le soir ils semblent retrouver une destinations.

Ainsi peut-être au soir de ma vie…  (mais) y-a-t-il un soir de la vie ? »

Lui sûrement pas… vu qu’une route de l’Yonne n’a pas attendu ce soir là… mais moi sans doute…

   J’en resterai là pour aujourd’hui en espérant n’avoir pas trop déçu celles et ceux qui me lisent et qui attendaient sans doute autre chose aujourd’hui… vu ce que « les temps » (et les soi-disant « Maîtres des horloges ») nous imposent de vivre… 

et donc, à leur intention quand même, je terminerai ce carnet par un texte vieux de 74 ans, tiré de son roman « La Peste » qu’on pourrait republier en l’état dans la « période » que nous vivons :

« Le fléau n’est pas à le mesure de l’Homme. On se dit que c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les Hommes qui passent. Ils continuaient à faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions.

Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ?

Ils se croyaient libres mais personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. »

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