Carnet n°646 du 8 février 2021

« En apesanteur »

Si le titre de mon 646ème carnet peut rappeler celui d’une chanson de Calogero de 2002 (dont il faut mieux d’ailleurs ne pas en réécouter les paroles), ce n’est pas cela qui m’a fait le retenir aujourd’hui, mais d’abord la photo de mon petit chat remis en étiquette et que l’on voit comme « en apesanteur » au milieu d’une porte-fenêtre, une photo qui m’a conduit ensuite à relire la signification plus précise de ce mot « apesanteur » telle qu’écrite dans un dictionnaire : 

« l’apesanteur (ou l’impesanteur) est l’état d’un système dans lequel aucune accélération, causée par la gravitation ou toute autre force, ne peut être mesurée par un observateur dans le système en question. »

   Après cette lecture, chacun comprendra à quel point ce mot et cette expression sont parfaitement adaptés à la situation que l’on vit et que l’on voit 

pour soi-même, pour son entourage, pour sa ville (quand comme moi on en est le maire), pour la France, pour l’Europe et pour le monde en cette période de « pandémie », (une pandémie à ne pas confondre avec une épidémie qui est géographiquement limitée), une pandémie qui donc pour la première fois de l’Histoire de l’espèce humaine, à l’exception peut-être de la peste noire au 14ème siècle (100 millions de morts sur une population mondiale alors de 500 millions), touche toute la planète et ses près de 8 milliards d’habitant(e)s.

  Nous sommes toutes et tous, en effet et à tous les niveaux, comme « en apesanteur » !

    « état d’apesanteur » pour soi-même, bien sûr, depuis maintenant bientôt près d’un an. 

Qui peut dire qu’il ne se sent pas « en apesanteur », touché ou non directement ou indirectement par le virus et (ou) ses conséquences économiques, sociales, sociétales, familiales ?

Qui peut dire qu’il (ou elle) se sent bien ?

Pas moi en tous cas et ce ne sont pas les « plateaux » des chaînes de « télévisions à jets continus » avec leurs défilés continus eux aussi, de « spécialistes de la santé » et de politicien(ne)s en mal d’images dans la perspective des élections régionales, présidentielles et législatives…,

qui améliorent les choses, bien au contraire, quand elles et eux n’ont en commun que de penser à leur avenir et de ne parler de l’avenir qu’en des termes qui, par contre, nous empêchent de raisonner en termes d’avenir…

Non seulement tous les petits plaisirs extérieurs de la vie nous sont interdits, mais il est même quasiment impossible de faire des projets quand tous ces « commentateurs »  nous font comprendre « qu’il ne faut pas »…car on ne sait pas ce qui se passera dans une semaine, dans un mois ou deux, voire cet été.

   Alors pour beaucoup d’entre nous, quels que soient nos âges et nos situations… nous ne faisons que « survivre »… dans des conditions, certes plus ou moins difficiles mais toutes très angoissantes car sans aucun point de repère faute de cette « pesanteur » grâce à laquelle on tient habituellement « debout et droit »…

   En ce qui me concerne, je l’avoue, je n’ai jamais connu une situation pareille !

   « état d’apesanteur » aussi pour une ville et donc pour ma ville, en tant que Maire, 

quand il n’est plus possible pour nous et pour nos partenaires associatifs d’avoir aucun projet de fêtes, de manifestations, de réunions conviviales, d’événements populaires de toutes natures,… acculés que nous sommes tous à ne gérer que les mesures sanitaires « décidées en haut lieu », toujours annoncées « au dernier moment » quand elles ne sont pas contredites rapidement par d’autres décisions, voire impossible à mettre en œuvre…

Après la pagaille sur les masques, les tests, et les dépistages… c’est au tour des vaccins… et c’est à nous, les maires, de gérer les impatiences et les colères de citoyens déboussolés par tant de contradictions et de revirements.

   Et comme le Maire, les Maires et les élu(e)s locaux, quand ils et elles sont connu(e)s (et donc reconnu(e)s) sont les seul(e)s resté(e)s en première ligne, c’est à nous de prendre tous les coups y compris dans tous les autres domaines, comme la sécurité, qui sont pourtant du « domaine régalien exclusif de l’État » et dans bien d’autres domaines comme l’emploi qui dépendent d’un « système » qui s’est révélé incapable, injuste et dépassé … sans oublier surtout l’avenir de notre jeunesse aujourd’hui en perdition car ignorée des « princes qui nous gouvernent ».

   Le Président parle, le Premier Ministre parle, le Ministre de la Santé parle, le Ministre de l’Intérieur parle…,

et nous les élu(e)s locaux sommes accusés de ne pas mettre « en œuvre » leurs promesses alors que nous n’en avons souvent pas les compétences légales, ni surtout les moyens budgétaires.

   Nous aurons cette semaine en Conseil Municipal notre Débat d’Orientation Budgétaire pour un Budget 2021 à voter le 30 mars. 

Malgré des dépenses en hausse et des recettes en baisse, « on devrait y arriver »…, mais ce sera dans un brouillard absolu pour ce qui est de l’avenir et des années 2022, 2023, 2024…

Qui peut dire le contraire en cet « état d’apesanteur » ?

  « état d’apesanteur » au niveau de la France 

car « sans tirer sur l’ambulance », qui peut comprendre une gestion qui cumule les contradictions, les promesses non tenues, un endettement abyssal… le tout avec une « suffisance hautaine » et ce ,sans jamais aucune ligne directrice claire ?

  Je sais que ce n’est pas simple, y compris pour le Président Macron… mais quand même, au niveau de la forme il est de plus en plus insupportable pour les citoyens (et donc pour leurs élu(e)s locaux) de se voir reprocher tout ce qui ne marche pas dans la mise en œuvre des décisions de l’État avec, à la clé chaque jour, des menaces de nouvelles restrictions de nos libertés…

Entre la suffisance des élu(e)s de la majorité macroniste et les agitations tous azimuts « pour tenter d’exister » des oppositions…, il y a de quoi nous dégouter et de me dégouter de ce qui reste en France de vie politique normale et saine pourtant indispensable dans une Démocratie.

Que celles et ceux qui s’y livrent avec une certaine jouissance pour exister, sous le regard bienveillant de certains médias, ne comptent pas sur moi quand elles, ils ou les leurs feront des appels à les soutenir aux élections départementales, régionales, présidentielles et législatives.

   « On ne me refera pas le coup » ni des Régionales de 2015, ni des Présidentielles de 2017 !

Et je sais que je ne suis et que je ne serai pas le seul à être dans cet état d’esprit.

   « état d’apesanteur » en Europe ?

Sans doute oui… encore que, concernant la gestion de cette pandémie et des vaccins, j’ai trouvé que, sans en avoir les compétences de par un traité, elle aura plutôt bien travaillé quand on imagine ce qui se serait passé si cette question avait été traitée de manière indépendante par les 27 États qui composent l’Union européenne.

Si apesanteur il y a, c’est surement parce que, contrairement à un pays, l’Europe n’est pas suffisamment politiquement forte, ce qui, pour moi, n’est en rien contradictoire avec mon désir de laisser ou de redonner ,au sein de l’Union Européenne ,aux États-Nations qui la composent, de véritables pouvoirs, qu’aujourd’hui ils n’ont déjà plus dans les faits du fait des traités ultra libéraux actuels .

Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le poids des 50 « États » aux États- Unis, République fédérale, et celui des Régions en Allemagne…

   « état d’apesanteur » dans le monde d’aujourd’hui face à cette pandémie mondiale, 

ce à quoi les « coups de menton » de dirigeants de certains États n’y changent rien même si temporairement ils ont l’impression de mieux se sortir de la crise, voire même d’en profiter…,

car la pandémie est mondiale avec un ou des virus qui ne connaissent pas les frontières…

Tous les films post-apocalyptiques de la dernière décennie en fournissent des illustrations, de la « 5ème Vague » à la trilogie de la « Planète des Singes », pour n’en citer que deux parmi des dizaines.

   Enfin et c’est sans doute « le pire »,  « la Planète Terre est en apesanteur » 

avec une espèce humaine qui « aura(it)  » approché les 15 milliards en 2050 (si sa progression continuait au rythme des 50 dernières années),… 

et des perspectives environnementales infernales voire invivables à la fin du 21ème siècle… selon les dernières estimations d’un réchauffement de près de 4 degrés d’ici l’an 2100…

  Que dire ? Que faire ? me demandera-t-on pour conclure ce 646ème carnet… après des constats aussi noirs…

Je répondrai très modestement à ces deux questions avec une citation d’Albert Camus :

« En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout »,

et avec aussi une autre d’ André Maurois

« Le monde progresse grâce aux choses impossibles qui ont été réalisées »,

avant d’en finir avec une image poétique de Guillaume Apollinaire qui, je le rappelle, mourut de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, deux ans seulement après être devenu Français et sous son uniforme  lors de « la grande guerre » , lui qui serait né « sujet polonais » de l’Empire Russe :

« Il est grand temps de rallumer les étoiles ! »

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