Carnet n°599 du 23 mars 2020

« Le grand confinement »

Si le coronavirus n’avait pas « existé », en ce lundi 23 mars 2020, la vie aurait continué et dans chaque commune nous saurions, depuis hier soir, qui serait Maire durant 6 ans et avec quel Conseil Municipal.

On a peine aujourd’hui à l’imaginer à l’heure où la crise sanitaire s’accélère de manière exponentielle comme je le craignais déjà il y a deux mois dans mon carnet 591 intitulé « Probabilité ou Espérance mathématique » avant, le 17 février, de faire référence à la fable de Jean de La Fontaine « Les animaux malades de la Peste », de pousser un cri d’alarme le 24 février en rappelant les chiffres de la Peste Noire en Europe au XIVème siècle, de vivre le « tourbillon d’un vent de folie » le 2 mars et de redire le 9 mars que « si le pire n’est jamais sûr, il n’est jamais à exclure ».

Aujourd’hui 23 mars 2020, il semble n’y avoir plus que 2 options quant à la suite de l’épidémie entre « le plus pire » et « le moins pire »…

Tous les voyants sont au rouge et il faut, plus que jamais, sans polémiques inutiles, que chacun(e) fasse le nécessaire pour se protéger et protéger les autres, que l’État se donne et nous donne les moyens de nous battre contre ce fléau et que, dès maintenant, à tous les niveaux, on imagine une sortie de crise qui tiendra compte de cette terrible épreuve, de ses causes, de ses conséquences et de ce qu’il faudra changer en profondeur pour qu’une telle crise ne recommence jamais plus, une crise, qui, sans cela, pourrait un jour éteindre l’espèce humaine.

« Le grand confinement », disais-je en titre….

Qui peut aujourd’hui raisonnablement en contester l’impérieuse nécessité ?… sauf que, si l’on veut nourrir, soigner, protéger, aider les citoyens, tous les citoyens, il faut que beaucoup de nos compatriotes, pour ce faire, ne se l’appliquent pas… avec tous les risques pour eux que cela implique…

Et là, honnêtement, j’en veux à l’État « de ne pas s’être gardé les moyens d’assurer ses missions de protection », en disant bien que si cette formule générale n’exonère pas nos dirigeants actuels, il serait injuste de leur en attribuer toutes les responsabilités.

« Le grand confinement », un titre dont la « sonorité » m’en a rappelé d’autres qui datent de quelques décennies et qui semblent aujourd’hui remonter à des « temps immémoriaux » :

« La grande pagaille » de 1960, déjà dans l’Italie de 1943 mais entre Italiens et Allemands,

« La grande vadrouille » de 1966, un célèbre film comique de Gérard Oury avec Louis de Funès et Bourvil… qui nous a bien fait rire,

et surtout « Le grand embouteillage » de 1978, il y a 42 ans, et « les réactions de citoyens coincés »…à l’époque… dans leur voiture…

On en est là dans deux mondes différents dont l’un a sans doute conduit à l’autre… mais avec des réactions citoyennes qui se ressemblent….

Annoncé il y a à peine une semaine (et donc sans doute avec une semaine de retard), mis en œuvre il y a 6 jours, le confinement ne peut donc pas encore avoir de conséquences positives sur les chiffres quotidiens de cas nouveaux qui se comptent maintenant en milliers…

On y verra sans doute plus clair… dans une semaine.

En attendant, je fais mon boulot de Maire, nos services municipaux font leur boulot, de nombreuses entreprises essentielles à la vie font leur boulot, tous les personnels médicaux et para médicaux font leur boulot, tous les acteurs de notre sécurité font leur boulot, toutes les associations caritatives font leur boulot, de très nombreux bénévoles se manifestent pour faire du boulot…

Il y a tant à faire pour répondre aux besoins, pour assurer même des survies, pour rompre les solitudes, …. Sans « jouer les mouches du coche »….

Il faut produire, distribuer, accompagner, aider, écouter, répondre… somme toute, « être là » même à distance.

Et si l’essentiel est l’affaire de « professionnels » dont on ne louera jamais assez le dévouement (souvent après, de la part de certain(e)s, les avoir brocardés),

c’est aussi l’affaire de toutes et de tous les citoyen(ne)s ainsi que des élu(e)s locaux de toutes les communes de toute taille que d’accompagner, d’aider et de compléter le rôle vital de tous ces professionnels qu’il faut remercier et qu’il ne faudra pas oublier une fois la crise finie en ne les laissant pas retomber dans les ornières d’un système capitaliste impitoyable.

Une chose est sûre : ce confinement ne durera pas 2 semaines mais sans doute 6 ou 8 sinon plus, s’il n’est pas parfaitement appliqué et si les structures de santé sont dépassées par l’ampleur de « la vague du tsunami »….

Il faut ajouter l’angoisse de chacun(e) quand une quinte de toux ou un petit 37,8 au thermomètre qu’on aurait ignoré en un autre temps devient « matière à inquiétude » sinon à panique.

C’est, ne l’oublions pas, depuis toujours, le cas de malades qui ont été atteints d’une grave maladie quand ils sont en rémission voire quand ils ont été déclarés guéris… que de craindre toujours le pire dès que le moindre « indice » se réveille…

Une leçon à ne pas oublier par tous les autres

Concernant l’économie, les chiffres de la croissance et de la récession, ceux des déficits « supportables »… l’heure n’est pas à épiloguer.

Nous sommes en guerre, une guerre qui va coûter très cher…une guerre dont il faudra bien payer les coûts et ce, sans compter, mais en faisant en sorte de changer de modèles de production, de lieux de productions, de circuits de productions, de modes de financement, de coûts nécessaires et de prix à payer acceptés par tous, quitte à moins gaspiller… pour équilibrer nos comptes personnels et collectifs.

Somme toute, « quelqu’un(e) », « quelque chose », ou simplement « le hasard »… nous aura donné une dernière chance à l’image du film « Le Jour où la Terre s’arrêta ».

Je ne sais pas aujourd’hui, comme tout à chacun, à titre personnel, si et comment je passerai cette épidémie.

Je compte les jours, je me surveille et je croise les doigts…

Mais j’ai mon habit de Maire que je n’ai vraiment jamais quitté.

Je ne sais pas combien de temps je le porterai encore… et ce n’est pas mon problème… mais je sais que si j’en ai la force et la possibilité, je n’oublierai jamais la leçon que la nature nous aura donnée… à nous les humains.

Je parlais, il y a quelques mois, d’une décennie de tous les dangers… et de nos dernières chances. Nous y sommes… bien plus tôt que prévu !

J’espère que le monde, cette fois-ci, n’aura pas « la mémoire courte », que « la Prophétie de Saint Malachie » (ou « Prophétie des Papes ») restera un « apocryphe ésotérique parmi d’autres » et que chacun retrouvera le sens de l’humain, le sens de l’État, le sens du temps, le sens de la solidarité et du service public, le sens d’une monnaie qui enfin serve « tout le reste » et pas « d’un tout le reste qui ne sert que la monnaie »…

J’en resterai là pour aujourd’hui… me sentant un peu quand même comme cet homme qui tombant du centième étage d’un immeuble à qui, tous les 10 étages, quelqu’un lui demandant « si ça va »…, il répond… « oui, pour l’instant, ça va »…,

je terminerai sur une note « plus optimiste » avec cet écrit d’Alexandra Julien :

« Souviens-toi que le jour se lève toujours après la nuit, que le printemps revient toujours après l’hiver, qu’après le froid vient la chaleur, que derrière chaque ombre, il y a la lumière, que tout n’est que passage…

Profite des bons moments… et ne perds jamais espoir lors des mauvais passages… »

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