Carnet n°736 du 7 novembre 2022

« LE TÉMOIN ET L’HISTORIEN »

Une chose est sûre pour moi quand j’écris, et j’écris beaucoup personne ne me le contestera qu’on soit ou non d’accord avec ce que j’écris : 

le témoin et l’historien ont des rapports tout à fait différents avec le présent et le passé.

    L’historien   « écrit » une fois l’évènement terminé ou la période écoulée, tandis que le témoin les décrit quand ils ou elles sont en cours et donc sans qu’on en connaisse ni les fins ni les conséquences.

Somme toute, si le témoin n’est jamais un historien, un historien, s’il peut parfois être témoin n’a pas à l’être dans sa tâche d’historien.

S’il est vain de s’interroger pour savoir lequel des deux est le plus objectif, il est sûr que si l’un, l’historien, a une vision qui peut aller jusqu’à 360 degrés, l’autre, le témoin, en aura une comprise au maximum entre 25 et 50 degrés.

Si j’ajoute à cela le fait que l’histoire qui est toujours « écrite après », l’est surtout par « le vainqueur », comme par exemple déjà « la guerre des Gaules » par Jules César, 

on mesurera encore mieux la distance qui sépare le témoin de l’historien et donc du témoignage par rapport à l’histoire.

    Comme le dit comme d’habitude très justement un proverbe africain : 

« Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur »,

on comprendra que je me considère par mes écritures comme un modeste témoin, non pas du tout comme un  « historien », et c’est pourquoi j’ai choisi d’écrire chaque semaine un carnet d’un dizaine de pages manuscrites, ce qui depuis le mois d’août 2009, c’est-à-dire en un peu plus de 13 ans, représente plus de 7000 pages écrites de ma main, des carnets de témoignages au regard du temps qui s’écoule …

   L’historien « fige par sa plume » une connaissance objective (ou non), tandis que le témoin « peut avertir » de toutes les incertitudes et de toutes les conséquences possibles d’un évènement donné ou d’une « période commencée mais non finie ».

Pour ne prendre à ce stade qu’un exemple « très significatif » : le « témoin » des accords de Munich signés le 30 septembre 1938 entre Hitler, Mussolini, la France de Daladier et la Grande-Bretagne de Chamberlin qui validaient le dépeçage de la Tchécoslovaquie par les nazis furent alors salués à Paris et à Londres par d’immenses foules en délire pour fêter  une Paix considérée comme sauvée. 

L’historien écrira que « ces accords » constituèrent « la raison première » de l’envahissement par Hitler de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas et de la France en mai 1940 

et ce, en 5 semaines moins de 20 mois après leurs signatures.

D’où peut-être, sinon sûrement, l’importance vitale, de témoigner sur ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine, sur les crimes de Poutine, les attitudes « contrastées » de la Chine, les réactions européennes  courageuses et la détermination sans faille de Joe Biden…, 

pour éviter les mêmes erreurs commises à Munich en 1938  mème si « l’histoire d’une guerre » , finalement gagnée le 8 mai 1945 au prix  de 60 millions de morts, soit près de 3% de la population mondiale d’alors…, nous les a souvent fait oublier, et ce, avec tous les risques pour l’avenir de ne pas savoir à nouveau « lire à travers les lignes » ce qui demain peut nous arriver encore si on ne réagit pas correctement à temps…

On n’a, malheureusement je le crois, pas fini d’en parler, dès demain d’ailleurs avec les élections américaines où  les risques du « trumpisme » ne sont pas minces quant à toutes ses conséquences pour le monde et pour nous.

    À propos d’élections encore, cette fois ci en France, on parle de plus en plus d’une dissolution possible de l’Assemblée Nationale par le Président Macron au titre de l’article 12 de la constitution de 1958.

Le témoin que je suis de toute la Vème République suite au « retour » du Général de Gaulle dont on préfère d’ailleurs oublier les conditions (je parle de ce retour), après les  « désordres » de la IVème République, témoin donc de ce retour au pouvoir et de la « Constitution de 1958 » , « vieux témoin » qui peut rappeler que l’article 12 de cette Constitution a autorisé 5 dissolutions, deux en 1981 et 1988 pour permettre à François Mitterrand, élu Président, d’avoir une majorité malgré le décalage entre la durée de 7 ans du mandat Présidentiel et de 5 ans du mandat des députés, (deux dissolutions qui ont conduit à une large majorité pour le Président en 1981 et une majorité beaucoup plus « relative » en 1988),

une dissolution en 1962 par le Général de Gaulle qui lui a donné une très large majorité à l’Assemblée Nationale après le vote d’une motion de censure, 

une autre, toujours par le Général de Gaulle en 1968 pour  » mettre fin  à mai 68  » et éliminer temporairement tous ceux qui avaient accompagné ou soutenu les mouvements de mai 68, des mouvements qui n’avaient d’ailleurs duré que 5 semaines, 

et enfin la dissolution de 1997 par Jacques Chirac, alors qu’il avait les moyens de gouverner, ce qui permis à Lionel JOSPIN d’être Premier Ministre avant d’être « éliminé en 2002 » et de permettre au Président Chirac une « réélection dans un fauteuil » face à Jean-Marie Le Pen…

Qu’arrivera-t-il demain (ou après-demain) en cas de dissolution  ?

Bien malin qui peut le dire aujourd’hui : 

la réélection d’une majorité « macroniste » contre « les fauteurs de crises ? » 

l’élection d’une majorité droite-extrême droite avec donc une cohabitation musclée ?

un accord entre des « populistes de tous poils »

J’avoue croire plutôt en une de ces 2 dernières hypothèses ce qui, je le crois aussi « ne serait pas sans intérêt » pour un Président sortant non rééligible à qui « les facilités d’une cohabitation » permettraient sans doute, pour son « après « , une autre vie politique, en Europe par exemple, voire au- delà, davantage que de « finir » sur un médiocre mandat résultat de ses médiocres compétences de gestionnaire  au regard de ses capacités indéniables de  » grand phraseur « …

Dans tous les cas, on n’a pas fini d’en parler via les espoirs de madame Le Pen et « le bonus de vie publique » ainsi accordé à Jean-Luc Mélenchon…

Reste aussi-à savoir si d’ici là, la social- démocratie sortira de sa torpeur (ou de son coma).

Je voudrais et je veux y croire encore… mais j’ai bien du mal quand je regarde la paysage politique et que j’entends la plupart de ses acteurs…

    En attendant, « le témoin que je suis » qui n’a rien d’un « historien » qu’il se refuse d’être, ne peut oublier, ni « les accords de Munich », ni l’attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 qui déclencha « la Grande Guerre de 1914 » (comme on l’appelait alors), ni le siège de Sarajevo en 1992 par les serbes où on retrouve « des odeurs d’Ukraine », sauf que les serbes d’alors, n’avaient pas l’arme atomique, que l’URSS avait disparu et que la Russie n’était pas sortie de ses cendres…

En tant que « témoin » aussi des manifestations du dérèglement climatique, dont on ne sait pas ni quelles en seront toutes les conséquences, ni surtout leurs calendriers…

Idem pour la crise économique mondiale dont on ne peut mesurer l’ampleur à venir entre croire en une crise grave mais conjoncturelle ou une crise « de type 1929 » mais avec une planète  de 8 milliards d’habitants (soit 4 fois plus qu’en 1929)…

Que deviendront nos Démocraties dont le témoin aussi que je suis, constate « les soubresauts » en Europe, en France à coups de 49.3 et de votes conjoints NUPES / RN, en Italie , aux États-Unis avec Trump , en Chine, en Afrique…?

Comme l’a dit Monsieur de La Fontaine en 1678 dans « Les animaux malades de la Peste » : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés »

Le modeste témoin que je suis, disais-je, ne peut que témoigner pour faire ainsi essayer de prendre conscience afin de mobiliser le plus grand nombre possible de citoyennes et de citoyens, pour éviter « le pire qui nous menace », avec « en fond de scène », pour moi qui ose croire, à l’instar de François Mitterrand, « aux forces de l’esprit » ce cri poussé dans la noirceur de notre univers, « De Gaulle, Mitterrand, Chirac, réveillez-vous… Ils sont devenus fous !« 

Je terminerai mon 736ème carnet, une fois de plus, avec Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi en Algérie, il y a donc aujourd’hui 119 ans,

« Là où il n’y a pas d’espoir, nous devons l’inventer »

    Alors,… mes chers lectrices et lecteurs, tous ensembles… cet espoir, inventons le !

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