Carnet n°686 du 19 novembre 2021

« Oui c’est la vérité que nous vivons sans avenir »

« Ainsi parlait Albert Camus » dans un texte presqu’inédit puisque remis, ai-je lu, seulement le 28 avril 2017, il y a donc un peu plus de quatre ans seulement par Catherine Camus, sa fille, à Axel Kahn, un texte antérieur donc à « L’homme révolté » de 1951 mais qui l’annonce avec force sinon avec une cruauté certaine quand on le lit dans sa totalité…

« Un monde qui ne nous promet plus que la mort ou le silence, la guerre ou la terreur… 

Et la première chose est de pousser un cri de révolte car la terreur et la fatalité sont faites pour moitié au moins de l’inertie et de la fatigue des individus en face des principes stupides ou des actions mauvaises dont on continue d’empoisonner le monde. La tentation la plus forte de l’Homme est celle de l’inertie. »

Tel est le thème qui aurait dû structurer mon 686ème carnet que j’aurais dû publier le 15 novembre dernier … ce que je n’ai pas fait à cette date et ce, pour deux raisons :

– d’abord parce que j’ai craint que certain(e)s de mes lectrices et lecteurs ne me reprochent une fois encore un de mes excès de pessimisme

– ensuite (voire accessoirement) parce que, « presque par hasard » un « test COVID » m’a, le 13 novembre à l’issu de mon discours aux Médaillés de la Ville, « testé positif » alors que j’étais à jour de mes trois vaccins anti-COVID…

J’ai donc été « confiné » sous dose de dolipranes… ce que ne m’a pas donné, on s’en doute, « une grande forme »…,  une forme que je peine à retrouver ce qui ne m’empêche pas aujourd’hui d’écrire mon carnet, vu l’actualité de ces propos d’Albert Camus.

Car il faut le constater et le répéter, cette pensée vieille de plus de soixante-dix ans, a malheureusement conservé toute son actualité.

Quel que soit le niveau auquel on se place on peut presque dire qu’elle n’a jamais été aussi vraie.

Au niveau de la planète, « l’échec » pour ne pas dire pire, de la COP26 montre « la phase suicidaire » dans laquelle l’espèce humaine se complait.

Non seulement il n’y a eu aucune avancée mais de nombreux reculs mortifères ont été « actés ».

Au niveau du monde, jamais au grand jamais, en un même moment, il y a eu autant de tensions, d’extrémismes, de conflits divers, de guerres et de risques de guerres, de formes diverses certes mais toutes aussi dangereuses, sinon davantage …

À celles et ceux qui doutent de ma parole, qu’elles et ils regardent les deux guerres mondiales du 20ème siècle qui n’ont jamais concerné à un moment donné une telle part du monde, géographiquement parlant …

Sans compter, pour cause de surpopulation planétaire et de réchauffements qui « réveillent des virus » inconnus… , des perspectives qu’illustrent depuis des années déjà « des films post-apocalyptiques »…

En Europe on est revenu aux pires moments du milieu du 20ème siècle entre des « pulsions fascistes », de quasi discours néo-nazis, des formes « modernes » de stalinisme, toutes assorties de démocraties en périls et de discours qu’on pensait à jamais disparus du côté de la Russie et de ses anciennes possessions, de la Turquie, dans d’anciens « pays » de l’URSS ou soumis à l’URSS et je ne parle pas du Moyen-Orient, sa poudrière, l’Iran, avec en plus, de l’autre coté de la planète, une hyper puissance qui domine tout, la Chine, dotée d’un régime communiste dont elle use pour imposer au Monde une domination économique destructrice.

Europe toujours, pour de multiples raisons, l’Union européenne est en crise entre ce qui se passe sur « son flanc est  » et une Grande-Bretagne qui s’essuie les pieds sur les textes du Brexit, une « Allemagne en transition »… et bon nombre d’États qui doutent de tout sauf d’eux mèmes .

Heureusement qu’au Sud, le Portugal, l’Espagne, l’Italie,  tiennent le coup …

Quant à la France, on a eu droit hier, jeudi 18 novembre, à une longue intervention du Président Macron devant le 103èmecongrès des Maires de France.

Qu’en dire ? sinon que Monsieur Macron est « un acteur qui a bien du talent » mais que même si le talent est important pour convaincre des électeurs qui ne souhaitent que cela, le talent d’acteur ne veut pas dire efficacité.

Les Maires réunis « pour l’écouter religieusement » n’auront pas été dupes mais, une fois encore, sur la forme, je n’ai rien à redire… et cela même si sur le fond je suis en désaccord avec tout ce qu’il a dit quant à ses relations avec les communes et leurs Maires.

Monsieur Macron ne croit ni n’accepte la décentralisation. Pour lui seules comptent la déconcentration des services de l’État et sa capacité à faire porter grâce à cela la responsabilité sur les maires de tout ce qui ne va pas. Et comme, nous les maires, n’avons aucune bonne raison de « cogner » sur les fonctionnaires de l’État, « cela passe comme une lettre à la Poste ! »…

Mais le résultat est là : les Maires n’en peuvent plus !

Seuls celles et ceux qui espèrent « avoir de la promotion en avril/mai 2022″ ont encore « de l’espoir », un espoir comme l’écrit Camus dans son texte « redécouvert » en 2017, ainsi défini par lui  : « les mots d’espoir sont le courage, la parole claire et l’amitié ».

Personnellement je m’y agrippe et je m’y accroche même si je subis comme beaucoup de mes collègues des reproches et des agressions verbales sur des dossiers qui dépendent de l’État comme la sécurité, ou qui dépendent du droit, comme le droit de propriété, en  matière d’urbanisme ou de marchés publics avec des règles que je ne peux contourner et qui me valent des reproches insupportables comme en matière de droit de propriété et de densité ou de « marchés publics » où de « belles formules » nous imposent parfois des décisions légales dont le Maire est ensuite seul rendu responsable (dernier exemple en date : le renouvellement du marché de la restauration).

Si je n’avais pas un tel sens de mes devoirs, il est des moments où ma lettre de démission partirait…

Mais je tiens le coup, pour mes valeurs, mes idées, mon engagement républicain, ma Ville, mes concitoyens…

Pour autant, je ne me prêterai à aucun jeu politicien. Il y a des spécialistes pour cela et des acteurs qui ont un talent que je n’ai pas .

Et je ne voudrais pas « rajouter des malheurs aux choses » comme l’a dit aussi Albert Camus.

Il y a eu hier, jeudi 18 novembre, deux ans qu’en Chine le 1er cas de « COVID » était apparu. Qui avait alors pensé que deux ans plus tard on en serait là où on est ?

Personnellement…, en termes « d’espérance mathématique », je ne l’avais pas écarté…

Qui aurait pu penser à la « cinquième vague » ? Je vous renvoie à mes carnets…

Avec, pour en terminer, deux citations d’Albert Camus :

« Si l’Homme échoue à concilier la Justice et la Liberté, il échoue à tout »….

« Le fascisme c’est la mépris. Toute forme de mépris, si elle intervient en politique prépare ou instaure le fascisme. »

Et une dernière …. pour mon épitaphe :

« Ce n’est pas la révolte qui est noble, mais ce qu’elle exige. »

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