Carnet n°662 du 31 mai 2021

« Je me révolte donc je suis »

Ces mots d’Albert Camus ont marqué toute ma vie depuis mon enfance  jusqu’à aujourd’hui à l’heure où ma dernière étape est entamée.

J’en connais qui s’en sont souvent étonnés vu que si j’ai un caractère qu’il m’arrive de manifester avec « force », je ne suis pas du genre de « l’agité qui se disperse ». Je pense l’avoir montré durant et à travers mes 58 années de vie professionnelle et élective, dont bien sûr mes 45 ans d’élu de Villeneuve d’Ascq.

   Et c’est pourquoi je commencerai ce 662ème carnet en expliquant le sens de cette citation telle qu’explicitée  par Albert Camus lui-même dans son recueil de nouvelles dénommé «  l’été « , l’été une saison dont on dit qu’elle se prépare au cœur de l’hiver dans l’alchimie du printemps , un cycle « éternel » ,somme toute, qui va du sens au non-sens, du oui au non …

Pour Albert Camus et très modestement pour moi, « c’est parce que je me révolte contre un certain ordre des choses établies que j’ai conscience d’exister et que je puis affirmer ma liberté »,

en ajoutant par ailleurs « que si un homme révolté c’est d’abord un homme qui dit NON, s’il refuse, il ne renonce jamais car c’est aussi un homme qui dit OUI ».

Depuis mon enfance et ma jeunesse quand face aux « effets » de mon origine modeste j’ai su dire NON à ce qui me semblait des injustices mais surtout OUI aux efforts à faire pour ne pas me laisser écraser, les surmonter et même dépasser ceux et celles qui se rendaient « complices », volontairement ou non, de petites « humiliations »,

jusqu’à aujourd’hui face à tout ce qui a été organisé pour me « démolir » voire ce qu’il me faut souvent supporter maintenant quand, de différentes manières, on me montre que mon temps s’achève, voire que ma DLC (date limite de consommation) est dépassée, en passant par une vie politique où j’ai toujours su dire OUI aux Valeurs Républicaines, laïques et sociale-démocrates qui ont toujours été les miennes et NON aux « sollicitations » de toutes natures qui m’en auraient écarté…,

sans oublier Villeneuve d’Ascq où j’ai du dire NON à Pierre Mauroy plusieurs fois, souvent aussi non à Arthur Notebart, non à l’EPALE, mais OUI à une grande et belle ville verte telle qu’elle est devenue au sein de la MEL,

NON donc aux « bétonneurs » déchaînés d’hier et d’aujourd’hui et OUI aux partenaires de toutes sensibilités qui nous ont apporté tout ce qui fait aussi une ville en termes de logements, d’activités, de bureaux, de commerces, d’emplois, de social, de solidarité, de sport, de culture etc…, de constructions certes nécessaires mais aussi de nature préservée, de terres agricoles pour garantir l’avenir, d’actions citoyennes, politiques, professionnelles, associatives sans oublier toutes les actions individuelles, par milliers, de celles et ceux que j’ai toujours dénommés des « pionniers villeneuvois ».

   Si comme l’a écrit aussi Albert Camus dans son roman « La Peste » : « le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance »,

j’ai toujours voulu rester un pédagogue, expliquer, réexpliquer, au risque même de rabâcher ce qui pour moi reste la technique de base d’une pédagogie efficace, à mes collègues élu(e)s, en particulier à celles et ceux qui prendront mon relais,

en insistant sur l’esprit d’équipe au nom d’un principe qui a fondé le mouvement que j’ai créé « Rassemblement Citoyen » : « il n’est pas nécessaire d’être d’accord sur tout pour bien travailler ensemble au service de tous », sachant toujours que : « si seul on va parfois plus vite, ensemble on va toujours plus loin ».

L’homme révolté, dans le bon sens du terme que je suis, dans la période terrible que nous vivons avec une pandémie qui « n’en finit pas (et qui n’en finira pas de sitôt) de finir… »,

sait dire NON à certaines petites manœuvres politiciennesmédiatiques et contradictoires de « Princes qui nous gouvernent » mais OUI aux mesures qu’il nous faut prendre pour aider mes concitoyens y compris en appliquant des directives dont j’ai le droit de contester certaines légitimités.

Si à la veille d’élections Régionales et Départementales de juin 2021, avant les élections nationales de 2022, Présidentielles et Législatives, je condamne les petitesses d’un monde politique souvent « dépassé », je sais et je saurai rappeler mes valeurs et mes idées par les quelques moyens qui me restent mais sans jamais jouer « les porteurs d’eau » (comme on dit dans les courses cyclistes…)

NON donc à celles et ceux pour qui n’importe que les postes et les titres pour elles, eux et leurs proches, sans « mégoter » sur les moyens pour y parvenir,

mais OUI aux valeurs, à l’avenir, aux projets, à la solidaritéà la Justice, à la sécurité et à la laïcité et à tous les citoyens et militants qui les défendent.

NON aux populismes des extrêmes certes aujourd’hui séparés… mais qui sait ce qu’il en sera demain … quand on en entend certain(e)s ?

OUI à la Démocratie même avec ses limites et OUI à l’Europe même avec ses insuffisances.

NON à la violence et aux guerres.

OUI à la Paix dans la Liberté.

J’ai eu l’occasion de le redire ce jeudi dernier 27 mai lors de la « Journée Nationale de la Résistance » !

Somme toute, NON à toutes les formes de lâcheté et OUI au courage de dire et de faire !

Sachant, comme l’a dit Albert Camus, que « le temps qui nous (et me) reste à vivre est plus important que toutes les années écoulées »,

on peut compter sur moi pour continuer à me battre et ne pas me taire s’agissant de tout ce qui pour moi est essentiel s’agissant de l’avenir de nos enfants…

            Quelques « images en vrac » maintenant dans la ligne ouverte avec mon carnet 655 :

–           Mon premier Conseil Municipal en février 1976, après ma victoire inattendue à l’élection partielle. Un Conseil Municipal tenu à la Mairie de quartier d’Annappes, le Maire refusant d’entrer dans son nouvel Hôtel de Ville…, un moment avec, pour moi, une émotion d’une intensité que je n’ai jamais à nouveau éprouvée en politique depuis… même en 2008 quand je suis redevenu Maire après une victoire, elle aussi « imprévisible » pour beaucoup d’observateurs. 

Une victoire donc en 1976 et pour moi « un tournant » qui me posera toujours question sur les choix de vie que j’ai fait à cette occasion…

–          Mes années à l’école communale à classe unique de Chailvet où nous étions une quinzaine âgés de 4 ans (que j’avais) à 14 ans et donc sous la conduite d’une « instit » que je n’oublierai jamais. Des « classes promenades » dans la forêt d’à côté avec, un jour, une débandade sous une nuée de frelons, nos chants devant « la plaque dédiée aux morts des 2 guerres », « ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil… », « la victoire en chantant nous ouvre la barrière… », et la Marseillaise bien sûr que j’ai chantée une fois encore le 27 mai place Jean-Moulin avec toujours la même émotion.

–          Mai 1968 à Clermont-Ferrand, l’occupation de la Fac, les barricades, les manifs du 13 mai avec « les gauches » et du 30 mai, le poing en l’air devant les Gaullistes d’alors…, le bruit des bottes des forces de sécurité au moment des charges, l’odeur des gaz lacrymogènes avec, entre deux, la vie, des séances de ciné et des pique-niques sur le plateau de Gergovie… et ce, sans aucun magasin pillé ni même de blessés graves…

On y croyait… c’était le printemps… on était jeune… on a construit un mythe… ce que sans doute ces événements ne méritaient pas.

–          Des petits déjeuners à l’Élysée avec le Président Mitterrand devant une cheminée, des moments stressants où ce qui domine c’est la peur de renverser son café ou de s’éclabousser avec un croissant qui se rompt…

–             Des repas à l’Élysée, dont un où j’ai fait la connaissance de Guy Bedos et découvert sa timidité incroyable quand il s’adressait au Président

Idem lors d’ une rencontre avec Coluche. à Lille avant un grand meeting Présidentiel à la Foire commerciale.

–      L’image, au Parlement européen dans l’hémicycle de Strasbourg, de Bernard Kouchner, Bernard Tapie (dont je salue ici le combat qu’il mène contre la maladie) et de Jacques Lang quand, 3 ans après son élection au Parlement européen, ce dernier demanda aux deux autres comment il fallait faire…. pour voter…

–        L’image des murailles de la vieille ville de Jérusalem éclairées la nuit vues depuis « le King David Hôtel » où je logeais pour la première fois… « une ville symbole d’éternité » qui me fit rester sur le balcon de la chambre jusqu’à plus de 3 heures du matin…

–           La « ville nouvelle de Lille-Est » décidée en 1967, une décision suivie par la création de l’EPALE en 1969, des premiers habitants en 1972 au Triolo, l’inauguration du Stadium en 1976, de V2 en 1978, d’une convention tripartite signée avec l’État et la CUDL le 12 janvier 1978 prévoyant un mur anti-bruit sur la RN 227 (qui fut construit) et 2 500 logements par an durant 3 ans, (ce que nous n’avons heureusement pas fait), sans oublier bien sûr l’inauguration de la place Léon Blum avec François Mitterrand, la fin de la ville nouvelle en 1983 et la création de la Technopole Villeneuvoise en 1985…,

une nouvelle ville voulue par moi et mes équipes à taille humaine attractive avec une forte identité de ses quartiers et donc « un centre-ville » pas comme les autres,

une ville nature grâce à notre (et mon) refus de trop construire ce qui a par ailleurs, grâce aux terres agricoles conservées, jeté les bases d’une ville nourricière…

   J’ai encore plein d’images dans ma tête sur lesquelles je reviendrai à Istanbul, à Athènes, à Chypres…, en Guyane avec le 50ème tir d’Ariane 4 à Kourou et la visite de l’Ile du Diable,

sans oublier la Hongrie sur le mode de « Tintin chez les Soviets »…

   Je parlerai aussi, si j’en ai le temps, du bicentenaire de la Révolution Française sur le Rond-Point de Valmy avec un défilé costumé à la Résidence, de Pierre Bérégovoy, venu à Annappes dans une de ses périodes de solitude, du drame d’Ouvéa vécu à la gendarmerie.

et de bien d’autres choses… 

   Je terminerai, aujourd’hui 31 mai 2021, mon 662ème carnet comme je l’ai commencé avec Albert Camus et deux de ses citations :

« Notre tâche d’Homme et de trouver les quelques formules qui apaisent l’angoisse infinie des âmes libres »

« Penser, c’est réapprendre à vivre, diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié. »

et pour expliquer le choix de la photo qui accompagne son titre, la définition du coquelicot extrait d’un Larousse de 1972:

« Une plante qui, dans les champs, constitue une mauvaise herbe. Coupé de ses racines, les pétales du coquelicot se détachent et fanent en quelques instants. »

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