Carnet n° 617 du 27 juillet 2020

« Le monde est fou ! »

J’avoue qu’en cette fin de juillet 2020, quand je regarde les émissions de « télévision à jets continus » (comme j’aime à les appeler) qui nous passent en boucle des images et des commentaires à longueur de journées, le temps d’être remplacées par d’autres, quand je lis certains « articles » de presse, que je consulte les dizaines de mails que je reçois chaque jour, sans oublier des courriers et des pétitions tout juste déconfinés,

je ne déborde pas d’optimisme malgré certaines perspectives personnelles plus agréables avec, dans 9 jours, si « les faits et les dirigeants de notre pays » n’en décident pas autrement, un départ pour une immersion annuelle dans plusieurs régions de notre France profonde…

Il est vrai que rien ne concourt à un véritable optimisme entre une épidémie de COVID 19 qui au mieux « vivra sa vie »… sans nous replonger dans une période peut-être pire que celle subie de mars à mai dernier,

une économie à la dérive avec, à la clé, des millions de chômeurs et de pauvres venant s’ajouter aux millions de chômeurs et de pauvres que notre pays connaît déjà,

un accroissement accéléré des injustices et des inégalités qui en découlent et en découleront,

des phénomènes de violences à tous les niveaux que l’État, pourtant responsable de la sécurité, peine à « écoper » (comme on dit dans la marine s’agissant de vider avec une écope un bateau qui coule…),

en se contentant « d’orienter », là aussi, les colères et les angoisses citoyennes vers les élus locaux et les Maires sans leur donner aucun moyen.

Pas de véritable optimisme, disais-je, mais plutôt un réel pessimisme en ce début d’une décennie qui me rappelle toujours «La prophétie de Saint Malachie, dite prophétie des papes » dont j’ai déjà plusieurs fois parlé dans mes carnets,

où, face au « pire » qui nous menace, je sens une majorité de citoyen(ne)s qui, au mieux, se refusent « à entendre, à voir et à parler » (à l’image « des 3 singes »), quand cela ne les conduit pas dans leurs demandes, revendications, exigences à les exprimer avec une certaine violence en faisant comme si rien ne s’était passé depuis mars, rien ne se passait encore maintenant en termes de conséquences de l’épidémie, voire rien n’allait se passer dans les semaines et les mois qui viennent.

Si je pressentais déjà, quand j’avais pris ma décision de candidature, confirmée le 2 octobre 2019, que le mandat de Maire de 2020 à 2026 ne serait pas « un long fleuve tranquille », je n’imaginais quand même pas qu’il risquait « de tourner au cauchemar ».

Si on en est pas encore là, pour autant tous « les ingrédients » sont là !

D’où ce titre et, pour ce qui me concerne, ce rappel d’une citation de Didier Erasmeégalement appelé Erasme de Rotterdam, un chanoine humaniste et philosophe de la deuxième moitié du 15ème siècle et du premier tiers du 16ème :

« C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous ».

Comme quoi… il y a plus de 500 ans… c’est finalement à la fois inquiétant et rassurant qu’on soit amené à faire des constats similaires et à en exprimer des conséquences comparables,

tout comme il est sans doute intéressant de se rappeler ces mots d’Albert Camus écrits le 1er septembre 1943 : « Celui qui désespère des événements est un lâche mais celui qui espère en la condition humaine est un fou ».

Entre les deux, « mon cœur (ne) balance (pas) »… je préfère être un fou…,

tout en me rappelant, en la faisant mienne, cette autre conviction exprimée par cet écrivain philosophe que fut Albert Camus qui explique sans doute ma liberté de langage et d’écriture : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde »,

et donc en rappelant à beaucoup de nos dirigeant(e)s qui trop souvent s’y complaisent que :

« Le fascisme, c’est le mépris. Inversement toute forme de mépris prépare ou instaure les fascismes » (« L’homme révolté », un ouvrage de 1951 où « comment l’homme, au nom de la révolte s’est accommodé du crime et des États policiers concentrationnaires du XXème siècle).

Malgré tout, malgré un pessimisme que je ne suis ni le premier ni le seul à éprouver, je continue à me battre sans faiblesse, ni compromission, ni « langue de bois » parce qu’à l’instar d’Albert Einstein je pense profondément que : « Le monde est dangereux à vivre non pas à cause de ceux qui font mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ».

Sans faiblesse, ni compromission, ni langue de bois, ni petites ou grandes lâchetés,

en rappelant, à ce stade de mon 617ème carnet, à celles et ceux qui aimeraient que la page de la crise soit tournée (et qui se plaignent du fait qu’ils n’ont pas eu encore en juillet ce qu’ils pensaient avoir en mars), que dans le monde, à propos du COVID19, 196 pays sont touchés avec 616 317 décès déclarés, un chiffre qui a doublé en 2 mois, dont 150 000 aux États-Unis, 45 422 en Grande Bretagne, une poussée en Afrique et des craintes de 2ème vague en Europe,

en rappelant à d’autres, sinon aux mêmes, que si toutes les formes de violence explosent partout, les Maires n’en sont ni les premiers responsables, ni les premiers légalement compétents pour y faire face, ni ceux qui en ont les moyens… même si ce sont les plus faciles à interpeler… ce qui auraient dû conduire certain(ne)s de ces citoyen(ne)s à aller voter les 15 mars et 28 juin…,

en rappelant à toutes et tous que si ce n’est pas facile en ce moment de diriger la France, c’est quand même trop facile pour le Président de la République et son Premier ministre « de faire des annonces » en laissant aux Maires « le soin de faire » et d’en porter les responsabilités…

et dans ce domaine comportemental, je peux et je dois dire que, si ce n’est pas nouveau, c’est de pire en pire !

On a dû gérer, et on l’a fait, les conséquences de la crise dès le mois de mars quand le Président en a décidé la date et fixé des obligations… sans nous en donner les moyens, voire parfois en nous les retirant (ex : les masques).

On nous a fait gérer la fermeture des écoles, le maintien d’un minimum de services et les réouvertures partielles. On nous a laissé dans le brouillard pour les centres de vacances et les centres de loisirs,

les règles de reprises du travail pour les fonctionnaires territoriaux sont pour le moins peu claires et, en cette fin juillet, je peine encore à relancer « la machine municipale » et ses services publics vu les moyens humains dont je dispose face à des besoins en forte augmentation.

Et encore… on n’en est pas encore à la rentrée quand un nombre « non négligeable » de citoyen(ne)s sont partis ou vont partir en vacances parmi celles et ceux dont la fonction est d’assurer ces services et parmi celles et ceux qui en bénéficient.

Je comprends les uns comme les autres ayant moi-même besoin de repos… mais il faut en gérer les conséquences… et ce n’est pas simple.

Je pourrais, à ce stade, allonger ma liste de faits, de décisions et de contradictions de toutes natures de nos dirigeants,

entre d’un côté les annonces claironnées par eux et les réalités vécues par les élu(e)s locaux, les personnels de santé et éducatifs de l’État (et pas qu’eux), les services de sécurité (et pas qu’eux)…, sans oublier toutes celles et ceux qui, à tous les niveaux, dans le public comme dans le privé, ont permis à tous les autres de continuer à vivre !

Une chose est sûre… et même si « mon importance » est bien modeste, je ne les oublierai pas et je ne les confondrai jamais avec celles et ceux qui ont rendu « les services minimums » pour lesquels ils ont été payés, pas plus, et je le répète, que je ne cesserai de le dire à celles et ceux qui se plaignent de retard s’agissant de « trous à boucher », de caméras à installer, d’arbres à tailler, de logements à attribuer par les bailleurs, de retards sur des chantiers etc. etc… comme si rien ne s’était passé…

Et là encore, à chacune et à chacun de celles et ceux qui se comportent ainsi, je dédirai ces mots d’Albert Einstein :

« Le sort de l’humanité en général sera celui qu’elle méritera »,

en ajoutant du même auteur :

« La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre »…

C’est ce que je fais.

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