Carnet n° 600 du 30 mars 2020

« A quelque chose malheur est bon » ?

Qui n’a jamais entendu ce proverbe né, nous dit-on, au 15ème siècle, avant de devenir une expression française plus courante au 17ème, en particulier de par son usage par Jean de la Fontaine dans une de ses fables très peu connue « Le Mulet se vantant de sa généalogie » :

« Quand le malheur ne serait bon Qu’à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu’on le dit bon à quelque chose ».

Quelle « actualité » ! en ces temps de crise… et que d’exemples nombreux pourra-t’ont en donner… sachant que si, au départ, ce proverbe nous dit que « le mal serait nécessaire pour atteindre le bien », de nos jours cette expression a gagné en positivité en qualifiant le mal de « tremplin vers le bien ».

C’est en ce dernier sens que j’ai voulu aujourd’hui le reprendre en titre de mon 600ème carnet en plein cœur d’une crise sanitaire toujours en aggravation et dont on peine encore à prévoir une date pour ce qui est de son « pic » et encore moins donc, la période durant laquelle elle va décroître … voire, quand elle se terminera…

Il est sûr en effet que ce qui arrive aujourd’hui à l’espèce humaine sonne comme un avertissement, et peut-être le dernier, si nous ne changeons pas très vite de comportements, de manières de vivre, de priorités à afficher et de moyens adaptés pour les mettre en œuvre.

Si on en est pas encore à fredonner cette chanson de Michel Fugain sortie en 1971, « Tout va changer ce soir », vue « la mémoire courte » qui caractérise la plupart d’entre nous, et en particulier nos « grands dirigeants »,

il y aura « un après COVID-19 »,

Et, je l’espère, on cessera de faire passer la recherche effrénée du profit à court terme devant toute autre considération,

en remettant en cause une mondialisation débridée qui nous a fragilisés et qui nous tue en cas de crise,

en retrouvant le sens de la proximité, de la solidarité et de l’humain,

quitte pour cela, à en payer le prix et donc à moins gaspiller et ainsi avec pour première conséquence positive de polluer moins.

Oui dans tous les cas, il y aura au moins un « jour d’après » ou pire une situation comme celle qui conclue un autre film « Le Jour où la Terre s’arrêta »,

avec, dans tous les cas aussi, des humains, femmes et hommes, et à tous les niveaux…, qui auront montré « leur vrai visage »….

Même Xavier Bertrand, et je lui en donne acte, a cru bon de déclarer cette semaine « qu’il ne faudrait pas avoir la mémoire courte », lui qui fut Ministre de la santé en 2011 avant d’être élu Président de Région, lui et les sien(ne)s, grâce aux voix de la gauche…, et je ne parle pas des revirements à 180 degrés de Donald Trump et de Boris Johnson.

Pour rester positif, rappelons l’importance de « l’expérience » face « au dégagisme » et surtout ce que m’ont appris toutes les discussions que j’ai eues quand j’étais jeune avec mes grands-parents et avec mes parents sur les comportements « mouvants » de beaucoup d’hommes et de femmes durant d’abord la Première Guerre Mondiale, avant, pendant et après la seconde Guerre Mondiale..

En cas de crise majeure, certain(e)s, à tous les niveaux, « retournent leur veste », s’effondrent et disparaissent… tandis que d’autres se révèlent des actrices et des acteurs positifs actifs et solidaires… pour permettre aux autres de sortir de ces crises et de ces guerres.

C’est déjà, en ce 30 mars 2020, le cas autour de nous, et, si « après » il y a, il ne faudra pas les oublier ni individuellement, ni collectivement dans tous les choix futurs qui seront faits.

En tous ces sens, oui, et de manière positive « A quelque chose, malheur est bon ».

Dommage qu’il aura fallu ce nouveau malheur pour le plus grand nombre de nos concitoyens et pour la quasi-totalité de nos dirigeants… pour en arriver là.

On parlait de « télé travail » en expérimentation… on l’a « en vraie grandeur » avec tous ses avantages et ses limites.

On parlait de mesures à prendre « difficiles » et « douloureuses » en matière d’environnement, 2 semaines sans voitures ou presque… et les oiseaux se sont remis à chanter… et en plus, on les entend chanter dans un air qui est redevenu plus respirable.

On parlait de services publics… et on voit ce qu’il en coûte de les avoir détruits.

On parlait de relocaliser les productions… et on se rend compte de ce qui se passe quand tout nous vient de Chine y compris nos médicaments…

On parlait d’apprentissage de nouveaux modes de vie, « le confinement » nous y a plongé brutalement, même si, là encore, les inégalités sont toujours là, criantes, sinon devant la mort mais quant aux « conditions de vie de confinement ».

Oui les inégalités sont là :

entre celles et ceux qui sont confinés (plus ou moins « confortablement ») et celles et ceux qui doivent travailler (plus ou moins durement), pour permettre aux autres de vivre,

entre celles et ceux qui conserveront leurs revenus et bien d’autres qui les perdront en partie ou en totalité,

entre celles et ceux qui ont la chance d’avoir une bonne santé et les autres déjà malades et d’autres déjà malades et donc plus fragiles,

entre celles et ceux qui sont seul(e)s… et d’autres qui ont la chance de ne l’être pas

etc, etc…

« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés »

(Jean de la Fontaine : Les Animaux malades de la Peste)

En tant que Maire, je vis cela au quotidien… sous les « regards croisés » et parfois « les tirs croisés » de celles et ceux qui disent « que j’en fais trop » (par exemple pour ce qui est des marchés) et celles et ceux qui disent « que je n’en fais pas assez » (par exemple pour le couvre-feu ou le lavage des voiries).

Une chose est sûre, si je suis encore là… « le jour d’après » (avec une pensée en cet instant pour Patrick Devedjian mort du coronavirus à 75 ans),

j’aurai des raisons de m’interroger sur mon « après » et ce, après 2 années funestes où j’aurai tout connu, depuis une septicémie, la rupture de mon tendon d’Achille, deux affaires montées de toutes pièces contre moi, … pour ne citer que quelques exemples parmi bien d’autres,

deux années qui se terminent en ce moment avec une crise sanitaire dont les dénouements possibles sont donc loin d’être clairs et évidents …

En attendant, en cet instant, avant de conclure ce 600ème carnet, j’aime à me souvenir de cette chanson de Jacques Dutronc de 1966 qui illustre si bien la douceur des années 60, « Et moi, et moi, et moi » :

« Sept cent millions de chinois (aujourd’hui 1,4 milliard)… Et moi, et moi, et moi,

Avec ma vie, mon petit chez-moi,

 Mon mal de tête, mon point au foie,

J’y pense et puis j’oublie…

Cinquante millions de gens imparfaits (les Françaises et les Français)

Qui regardent Catherine Langeais…

Neuf cent millions de crève-la-faim…

Cinq cents milliards de petits martiens (beaucoup moins que de virus tueurs…)

J’attends mon chèque de fin de mois »

Et oui… autres temps… « Autre tout »…

C’était il y a à peine plus de 50 ans, un temps infinitésimal au regard de l’Univers et de « l’espace-temps » d’Albert Einstein

« A quelque chose, malheur est bon… »

C’est pas tout de le dire… il faudra savoir en tirer toutes les conséquences.

A mon modeste niveau, c’est ce que je ferai.

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