Carnet n° 563 du 15 juillet 2019

« Empêcher que le monde se défasse… »

Albert Camus l’avait déjà écrit à la fin des années 50 du 20ème siècle avant de décéder accidentellement à l’âge de 47 ans le 4 janvier 1960 :

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

Albert Camus a marqué profondément ma jeunesse et a sans doute contribué à faire l’homme que je suis dont une des devises aura été : « Je me révolte, donc je suis ».

Écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, journaliste, essayiste, nouvelliste, il a été tour à tour, (« et en même temps ») tout ou presque…

Trop vite parti, il aura manqué à ma génération et sans doute à la suivante.

Alors qu’on vivait dans l’euphorie du « tout, tout de suite et encore plus… » qui a ouvert le monde à beaucoup de ses excès dont on paye chèrement les prix, il craignait déjà que « notre monde se défasse », ce qu’il est en train de faire…

Vivant, il aurait pu nous aider à éviter d’en arriver là avec sa culture méditerranéenne pétrie de richesses contradictoires… de bon sens et d’humain.

Mais la vie est ainsi faite qui fait que chaque génération est l’héritière d’un passé et l’une des responsables (et parfois coupable) de l’avenir, sachant que si, comme l’a écrit J.J Lelté :

« Ce n’est pas grave de ne pas réussir à changer le monde, ce qui est grave, c’est de ne pas essayer… »

Encore que…

C’est ce que je me dis presque à chaque instant depuis que j’ai commencé mon tour annuel de la France profonde en regardant autour de moi, en me penchant sur mon passé et en essayant d’en tirer des leçons et des projets d’actions pour l’avenir.

D’abord, et on m’autorisera à le redire : que la France est belle dans la diversité de ses sites et paysages !

Mais, « en même temps », quel gâchis de voir autant d’équipements abandonnés, de campagnes qui se vident, de villages qui se meurent faute d’écoles, de commerces et de services publics !… avec, en corollaire, des villes et des métropoles qui se densifient et s’asphyxient, des citoyens qui s’entassent et n’en peuvent plus de s’immobiliser dans des bouchons routiers, sans oublier les conséquences de cette évolution mortifère en termes d’insécurité, de délinquance, de violence, d’inégalités, de misères plus ou moins cachées ou ignorées…

A force de privilégier le court terme sur le long terme, le gain apparent immédiat sur l’aménagement du territoire, le marché de l’argent sur l’humain, on a gâché, à une vitesse jamais connue dans l’histoire de l’espèce humaine, tout ce qui pouvait contribuer à un « meilleur durable ».

En un siècle et demi ou deux, on aura remis en cause les résultats de milliers, voire de dizaines de milliers d’années d’évolution depuis le nomadisme originel jusqu’à « la ghettoïsation urbaine »…

La visite en Ardèche d’un Musée archéologique m’en a refait la démonstration.

Alors, se dira-t’-on, que faire pour éviter non pas « la lutte finale » mais « la catastrophe finale », pour trouver le chemin d’un « monde durable » et celui d’un « monde vivable » pour nos enfants et nos petits-enfants ?

L’idéal serait de pouvoir rapidement « changer de système » en retrouvant le chemin du long terme et en abandonnant celui du court terme, en privilégiant la qualité sur les quantités, l’humain sur l’argent… avec tout ce qui en découlerait

C’est peu dire que « c’est loin d’être gagné » quand on voit la vie d’aujourd’hui.

Pour autant, plutôt que de ne rien faire, il faut donc, et très vite, changer nos comportements individuels et collectifs, en préservant autant que possible la nature et la biodiversité dans nos villes mêmes, en mettant en œuvre, et à tous les niveaux, des cultures de proximité pour retrouver le sens des saisons et le goût du terroir.

Cela restera largement (et toutes proportions gardées) le sens de mes combats de Maire de Villeneuve d’Ascq, que j’espère qu’on me reconnaîtra, comme on reconnaîtra les difficultés et les oppositions qu’on suscite avec de tels combats (et le terme d’ « oppositions » est bien faible).

Si je n’ai sans doute pas tout réussi, j’aurai au moins essayé… et l’image de « Ville nature » aujourd’hui, évoluant en « Ville nourricière » demain, (malgré un cadre législatif et institutionnel qui limite considérablement les pouvoirs des Maires et des élus locaux en la matière comme en tout le reste…) en sont autant d’illustrations,

sans oublier les dimensions humaines qu’on mesure dans nos Centres de Vacances et de Loisirs d’été où notre jeunesse multiplie des découvertes, avec des animatrices et animateurs compétent(e)s et passionné(e)s,

sans oublier non plus les dimensions festives et populaires pour tous comme notre feu d’artifice sur le thème de l’Univers ce samedi 13 juillet devant près de 25000 spectateurs, la course de la Cervoise et le Bal Populaire du 14 Juillet.

Le moment venu, quand « je passerai le relais » à qui voudra et pourra le prendre, personne ne pourra contester la richesse humaine de l’héritage avec une ville, Villeneuve d’Ascq, une Ville nature, une Ville nourricière, une Ville de la diversité constructive, une Ville universitaire, de la recherche et de l’innovation, une Ville de la solidarité.

Somme toute, « Villeneuve d’Ascq, une Ville en mouvement ».

En attendant, absent pour une rare fois, de Villeneuve d’Ascq en ce 14 juillet 2019, c’est Maryvonne Girard qui aura lu mon discours au pied de l’Arbre de la Liberté, un discours qui redit les valeurs qui ont été et qui sont les miennes pour mettre en œuvre toutes les actions rappelées qui ont fait de Villeneuve d’Ascq la Ville qu’elle est devenue après bientôt 50 ans d’existence,

un discours qui sera peut-être mon dernier à l’occasion de notre Fête Nationale, les Élections Municipales prochaines ayant lieu en mars 2020…,

un discours sous le signe de nos 3 couleurs et rythmé par ces mots chers à mon cœur de Liberté, d’Égalité, de Fraternité et de Laïcité.

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