Carnet n° 498 du 16 avril 2018

« Emmanuel à l’école »

 

A l’heure, et juste après le « journal télévisé » du 13 heures de TF1 le 12 avril, depuis le village de Berd’huis dans l’Orne, un journal télévisé au cours duquel, sinon dans sa totalité, Jean Pierre Pernaut « a tenu le crachoir » (une expression qui, précisons le, fait allusion à une personne qui parle sans arrêter ni laisser le temps de répliquer) à Emmanuel Macron  pour lui permettre d’essayer de se refaire une santé dans les sondages d’opinion,

j’ai tout de suite pensé à un titre pour mon carnet du 16 avril « Emmanuel à l’école », en référence et en souvenir d’une série d’ouvrages pour enfants depuis « Martine à la ferme » en 1954 jusqu’à « Martine et le prince mystérieux » en 2010, en passant par « Martine à l’école » en 1957.

Il faut bien dire que toutes « les recettes du succès » de Martine étaient rassemblées en ce 12 avril 2018 et quand on regarde la liste des 60 titres, plusieurs d’entre eux pourraient illustrer le style de notre Président de la République depuis le premier, « Martine à la ferme », jusqu’au soixantième « Martine et le prince mystérieux », (titre où il suffirait aussi de remplacer le prénom de Martine par « Marianne » pour résumer l’état d’esprit actuel de bon nombre de Françaises et de Français).

Alors, certes, 36 heures plus tard, la France s’engageait aux côtés (ou sous la conduite) des États-Unis et de la Grande Bretagne dans une opération militaire en Syrie qui aurait pu m’inspirer un autre titre « Emmanuel s’en va-t’en guerre », en référence à un film de 1959 de Christian-Jacque avec Brigitte Bardot… (Babette s’en va-t’en guerre), mais une guerre, c’est trop grave pour qu’on en fasse un objet d’humour surtout quand on a en tête les centaines de milliers de victimes civiles et militaires du régime Syrien et de son chef Bachar el-Assad, et les moyens qu’il utilise pour arriver à ses fins dont l’usage, à plusieurs reprises, d’armes chimiques, ce qui n’est plus à démontrer.

En clair, je pense qu’on a eu raison de marquer enfin « une ligne rouge »… même si je n’en sous-estime pas les dangers, me souvenant des mots de Nicolas Machiavel (1469 – 1527) :

« On fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut »,

pas plus que je n’ai oublié les conséquences des interventions guerrières en Irak et en Libye, mais sans avoir, non plus, oublié les fameux « Accords de Munich » où avec MM Chamberlain et Daladier, nous nous sommes couchés devant Adolf Hitler le 20 septembre 1938 avant que celui-ci n’envahisse l’Europe quelques mois plus tard et la France en mai 1940.

A l’époque d’ailleurs, les mêmes (tout du moins ceux de la génération de leurs pères et grands-pères) qui, aujourd’hui, ont condamné cette intervention en Syrie se félicitaient de l’esprit de Munich, à l’extrême droite et à l’extrême gauche avant que certains ne rejoignent Philippe Pétain dans sa collaboration avec les nazis…

Il suffisait, pour cela, dès vendredi, d’entendre Madame Le Pen, Monsieur Mélenchon, Monsieur Dupont-Aignan et ce dimanche (qui s’en étonnera ?) Monsieur Laurent Wauquiez.

Comme quoi, « les Français », ou au moins beaucoup d’entre eux, ont la mémoire courte…

Et je ne parle pas de toutes celles et de tous ceux qui ont « fermé les yeux » pour éviter de voir les camps d’extermination nazis.

Alors certes, il faut respecter « la Grande Russie » et même l’Iran, mais de là à les laisser soutenir n’importe qui et n’importe quoi sans marquer « une ligne rouge » il y a un pas que je ne saurai jamais ignorer.

Et donc, bien sûr, pas de titre aujourd’hui du genre : « Emmanuel s’en va-t’en guerre »

Je m’en suis donc tenu, ce lundi 16 avril, à mon premier titre « Emmanuel à l’école ».

Sur la forme, on est entré jeudi dernier, de plain pied, dans une opération d’infantilisation dans une classe d’école, et ce, bien dans l’esprit de celui qui a voulu ainsi faire la leçon aux Français(es) en alternant des sourires, « des coups de règles sur les doigts » et des « mercis » mielleux et condescendants… (en direction de celles et ceux qui, pour lui, sont des « vieux privilégiés »).

Sur le fond, avec l’aimable participation de M. Pernaut, Monsieur le Président a refait sa démonstration de ce qu’il pense en profondeur et qu’il « met en musique » sur tous les plans depuis son élection : il est bien le jeune Président  qui est a toujours raison et si donc les Français(es) (dont, pour lui, certains  « sont de bonne foi »), s’opposent à ses décisions (les autres n’étant, pour lui, que des « agitateurs » et des professionnels du désordres… doublés de « fainéants et de tricheurs »), c’est qu’ils n’ont pas compris ».

Il lui faut donc leur expliquer et ré-expliquer ce qu’il pense, ce qu’il dit et ce qu’il impose « sans en changer un iota » !

C’est ce à quoi ont eu droit durant 1h30 les quelques 6 millions de téléspectateurs dont une majorité d’entre eux n’ont pas été convaincus, (ex : 72% des retraités à qui il a pourtant adressé plusieurs « mercis » condescendants ne sont toujours pas convaincus).

En clair TF1 et M. Pernaut pourraient mériter, sur « leur bulletin » de notes cette appréciation : « succès d’audience mais inefficace sur le fond ».

Dans le même temps, la grève continue à la SNCF tandis qu’à Notre Dame-des-Landes 2500 gendarmes essaient, en vain à cette heure, de venir à bout de 250 « zadistes ».

Les communes sont « vent debout » contre les mesures qui leurs sont imposées par le gouvernement pour diminuer leurs dépenses, en les obligeant à réduire leurs services publics et tout en leur imposant de nouvelles dépenses (ex : scolarité obligatoire à 3 ans).

C’est du « jamais vu » !

Du « jamais vu », une telle habileté et un tel « enfumage » avec « au bout du bout » un pays, la France, fragilisé, écartelé entre des très riches enrichis et des très pauvres appauvris.

Comme l’a dit Albert Camus : « Mal nommer les choses ajoute au malheur ».

Il est par exemple évident que le changement de statut de la SNCF permettra rapidement d’ouvrir son capital au privé, d’abord de manière minoritaire avant de permettre au privé de devenir progressivement majoritaire.

Les exemples de ces deux dernières décennies ne manquent pas … (le dernier en date concerne « les projets susurrés » pour la Française des jeux),

sans oublier GDF transformé en société anonyme en 2004 (avec une fusion pour former en 2008 le groupe GDF-Suez) où l’État est devenu minoritaire avant de devenir ENGIE en 2015 (dont on connaît l’énergie déployée pour augmenter ses tarifs et accélérer les recouvrements).

Sur tous ces plans et dossiers, l’objectif des « libéralisations » au profit des riches et des puissants est clairement affirmé par le Président Macron qui ne se force même plus à parler de « ruissellement » sur les moins riches et les plus pauvres…

Sur le fond, les choses sont claires pour tous !

Sur la forme, l’arrogance assumée, la condescendance souriante et les formes de mépris vis-à-vis de celles et ceux qui ne sont pas d’accord sont de plus en plus mal vécues par une majorité de Français(es).

Et même si nos dirigeants peuvent « essayer de se rassurer » en se disant que c’est aujourd’hui « une pente naturelle » en Europe et dans le monde, qu’ils n’oublient pas que « rien n’est jamais acquis »… dans le monde d’aujourd’hui ni tout à fait assuré, même le pire… Tout peut toujours basculer et ce, à tout instant.

Et cela, même si trop de médias, à l’instar des girouettes, savent bien se mettre dans le sens du vent…

Il suffit de voir depuis le dernier Conseil Municipal de Villeneuve d’Ascq comment et à quel point je fais l’objet d’articles blessants… voire pire…

Je me demande d’ailleurs pourquoi ?… N’étant plus, à ce jour dans la perspective des prochaines élections, le premier « danger » pour les droites locales, dans ses rêves de conquête…

Au demeurant, si ce n’est pas le résultat d’une volonté politique, c’est une volonté de destruction humaine et c’est pire…

Quand je lis me concernant « la vieillesse est un naufrage »… il me revient en tête, en retour, les paroles d’une chanson bien connue de Georges Brassens :

« Le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est c.., on est c..»

Même si, pour Nicolas Machiavel,

« Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé », il est, je l’avoue, des mots qui font mal…

Je ne suis, au demeurant sans doute, ni le seul, ni le premier, si j’en crois Albert Einstein qui a écrit pour d’autres que moi, étant alors à peine né et surtout n’ayant pas l’immodestie de croire que je serais « un grand esprit », « Les grands esprits ont toujours rencontré une opposition farouche des esprits médiocres ».

Cela dit…, c’est un fait, il y a davantage d’esprits médiocres que de grands esprits.

Et c’est pourquoi je préfère terminer ce 498ème carnet par une citation de Socrate (né en 470 av J.C et mort en 399 av J.C)

« Si un âne te donne un coup de pied, ne lui rend pas ».

J’essaierai de ne pas l’oublier durant les deux prochaines années.

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