Carnet n° 602 du 13 avril 2020

« Pâques en cloches »

Notre Président de la République devant à nouveau intervenir sur toutes les télés ce lundi 13 avril à 20h, j’aurais sûrement dû, si j’étais un « bon politique », attendre ce soir ou demain matin, pour écrire mon 602ème carnet afin, sinon pour lui répondre (« on ne joue pas dans la même cour »), au moins pour « rebondir » sur ses propos.

J’ai choisi de ne pas le faire, d’en rester à mon rythme habituel et donc à mes pages « d’écriture libre » du lundi, non seulement parce que je n’attends pas grand-chose de son intervention, mais surtout parce que « mon carnet du lundi », c’est « autre chose »… avec ses et mes défauts que ne manquent pas de rappeler régulièrement mes adversaires et mes « critiques », quelques pages d’écriture que mes lecteurs sans doute apprécient, ou tout du moins… attendent…

C’est donc, en ce lundi de Pâques, sous le titre « Pâques en cloches », (des cloches qui, selon la tradition chrétienne, sont revenues de Rome hier dimanche… et donc pas ce lundi…), que je voudrais d’abord commencer par rappeler les caractères universels et intemporels des fêtes Pascales pour en dire aussi la symbolique aujourd’hui en 2020 à l’heure du « grand confinement ».

De tous temps, dans de nombreuses cultures païennes, au Printemps, on fête la lumière et la renaissance de la nature.

Reprise par les chrétiens, elle commémore « la mort et la résurrection du christ » (je ne fais ici que citer les termes utilisés par les croyants) dont les évangiles situent le déroulement lors de la Pâque juive de Jérusalem qui, elle, rappelle la sortie des Hébreux d’Egypte.

J’en resterai là pour ce qui est de « ce modeste cours de religion » évitant ainsi d’entrer dans le dédale de leurs calendriers respectifs (qui ont en commun d’avoir des dates qui varient chaque année…), pour n’en retenir que les caractères intemporels et universels, y compris chez les non-croyants d’hier et d’aujourd’hui qui, « en temps normal », ne « boude pas leur plaisir » de faire aussi la fête et (ou) de prendre quelques jours de vacances…

Aujourd’hui, en ces jours des 12 et 13 avril 2020, ce n’est vraiment pas le cas… puisqu’en France et un peu partout dans le monde « Pâques est sous cloches »… comme nous sommes toutes et tous « sous cloches » en France depuis un mois, ailleurs depuis un peu plus ou un peu moins… soit au total aujourd’hui plus de 3 milliards de femmes, d’enfants et d’hommes « confinés sous cloche » tout autour de « la planète terre »… et ce, avec toutes les conséquences que l’on sait en termes de vie sociale, de vie économique, de souffrance, d’angoisses et de décès… somme toute « de vie tout court ».

« Jamais au grand jamais » l’humanité durant toute son Histoire, y compris au temps d’épidémie de peste noire qui tua, je le rappelle, de 1347 à 1352 entre 30% et 50% des habitants de l’Europe,

jusqu’aux grandes épidémies du 20ème siècle dont, bien sûr, « la grippe espagnole » entre le début 1918 et la fin 1919 qui fit entre 50 et 100 millions de morts,

«jamais au grand jamais » l’humanité n’avait ainsi, à ce point et à ce niveau été « mise sous cloche ».

C’est pourquoi et sans doute, peut-être (ou malheureusement)… pour d’autres « raisons », qu’il est difficile sinon quasiment impossible de savoir si et quand cette épidémie prendra fin…

Une chose est sûre : ce n’est pas pour demain.

Une autre l’est tout autant : il n’y aura pas de « grand matin ensoleillé » universel… avec la réouverture de tout et la fin de tous les interdits.

Sauf à craindre le pire, sachant que si le pire n’est pas le plus probable il ne peut être écarté (cf la différence entre « la probabilité » et « l’espérance mathématique »), je pense qu’on s’en sortira mais que l’on ne retrouvera pas de situation « normale » avant septembre ou octobre prochain … et encore… dans des conditions qui ne seront plus celles « du jour d’avant »,

d’abord dans notre vie quotidienne et ensuite, je l’espère, dans l’organisation du fonctionnement de nos sociétés, de nos États, de l’Union Européenne, de la mondialisation, de nos modes de production et de consommation, de déplacements, de nos motivations, du « rôle de l’argent », des solidarités nécessaires contre les inégalités qui sont le premier facteur de « risque létal » pour l’espèce humaine… (des inégalités que la crise ne fait qu’aggraver).

Nous devons nous y préparer à tous les niveaux et je m’y prépare bien sûr au niveau communal mais sans oublier tous les autres niveaux où je pense que « l’expérience », conjuguée à l’énergie, sera la source d’un véritable « nouveau monde » sous le signe et sur l’air de « Changer la vie »… ici et maintenant…

Cela me conduit à rappeler, pour la Xème fois, ma « ligne de conduite » dans la gestion de la crise épidémique du COVID 19 qui touche, blesse, tue un grand nombre de nos concitoyens tout en angoissant presque tous les autres.

Si le citoyen que je suis a le droit et surtout le devoir de réfléchir à l’avenir, à imaginer « un monde nouveau » qui rompt avec le productivisme et le gaspillage à court terme, avec des États qui retrouvent leur rôle pour gérer le temps dans sa durée et pour assurer des services publics de qualité,

« le Maire que je suis encore » se doit d’appliquer et de faire appliquer les directives du gouvernement et des instances sanitaires, sans état d’âme, sans faiblesse mais aussi « sans en rajouter ».

Ce n’est pas chose facile quand surtout ces directives changent semaine après semaine, voire jour après jour, mais je le fais avec ma loyauté républicaine d’autant que « la pagaille des effets d’annonce » des uns et des autres réduit l’efficacité des mesures décidées par l’État tout en amplifiant l’angoisse de nos concitoyens.

Clairement, je ne serai jamais de celles et ceux dont on disait quand j’étais enfant : « Il fait tout pour se rendre intéressant »…même si cela donne accès aux caméras télé et si celles et ceux qui s’y livrent pensent qu’ils ou elles en tireront un « avantage électoral »  « quand le temps des municipales sera revenu » (suivez mes regards !).

C’est une question que, personnellement je n’oserais même pas me poser tant elle est indécente, une indécence dont devraient se rendre compte celles et ceux qui s’y complaisent.

De plus, à Villeneuve d’Ascq, nous sommes à l’écoute de toutes et de tous 24h/24… pour entendre les questions de chacun(ne)s des citoyen(ne)s, pour préparer les réponses à leur apporter, collectives ou individuelles, compléter et adapter nos dispositifs et nos services publics pour aider aux solidarités sous toutes leurs formes.

Si comme je l’ai écrit :

« A quelque chose malheur est bon »,

Si certain(e)s révèlent les noirceurs de leur personnalité, leurs égoïsmes, leur esprit calculateur,

un plus grand nombre de citoyen(ne)s révèlent leur esprit de solidarité, leurs engagements, leur humanité…

et c’est vraiment de vrais bonheurs en ces heures de grisaille et d’angoisse que de le constater.

J’ai d’ailleurs voulu cette semaine dire MERCI à toutes celles et à tous ceux qui, en pleine lumière ou dans l’ombre, dans tous les domaines, permettent à tous les autres de vivre !

J’ai voulu aussi travailler sur un dispositif qui aidera financièrement les familles les plus modestes qui doivent nourrir leurs enfants le midi faute d’école et donc de restaurants scolaires.

Ce n’est pas simple à mettre en œuvre mais on est en train d’y arriver.

J’ai voulu préparer une réponse collective au besoin de masques lavables qui seront mis gratuitement à disposition de tous les Villeneuvois(es) quand l’heure du déconfinement sera venue et ce, grâce aussi à l’aide de bénévoles couturiers et couturières.

J’ai voulu enfin, en faisant appeler des milliers de citoyen(ne)s âgées ou non, fragiles et souffrants de solitude, pour prendre des nouvelles, répondre à des questions et à leurs besoins. On devrait atteindre bientôt les 10 000 contacts ainsi réalisés.

On continue, bien sûr, parallèlement à aider des associations et des structures qui agissent dans le même sens et qui ont besoin de « coups de pouce ».

S’informer, informer, contacter, agir, solidarité, voilà des mots clés en réponse à une crise mortifère dont la mise en œuvre concourt à la surmonter et à préparer « un nouveau monde » meilleur.

Et je le répète une nouvelle fois : cela compense « les mouches du coche » qui, pour se faire « bien voir », proposent des choses qui sont déjà en préparation voire pire, s’agissant pour elles et eux de répondre à des mécontent(e)s, ce qu’ils attendent, même si elles sont contraires à leur faisabilité, à leur légalité et même aux directives des dirigeants politiques qui les ont pourtant « labélisé(é)s ».

Je le disais et je le redis : une crise révèle « les vraies natures » … et si je veux concernant certain(e)s, sans les oublier ni leur pardonner, ne pas leurs accorder plus d’importance qu’elles et ils ne méritent, je préfère me souvenir et je me souviendrai de celles et ceux qui avec abnégation auront révélé un esprit de solidarité, d’humanité et de cœur.

En ce lundi de Pâques, c’est à elles et à eux que je pense, professionnels ou bénévoles à qui, je veux, pour terminer, dire et redire un grand et un immense MERCI !

« Désormais la solidarité la plus nécessaire est celle de l’ensemble des habitants de la Terre »

Albert Jacquard (1925 – 2013)

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