Carnet n° 570 du 2 septembre 2019

« Solidarité, une si belle valeur remise en question »

J’aurais pu, en tant que « Ch’ti supposé » quand on est des Hauts-de-France ou « Lillois » pour tous ceux pour qui seule compte, dans le paysage français, la ville de Lille, son Maire (et ses prétendants),

j’aurais pu, disais-je, j’aurais même dû pour faire plaisir aux Lillois titrer sur la « braderie de Lille », ses mythes et « ses chiffres ».

Mais moi qui suis si fier d’appartenir à la Grande Région des Hauts-de-France (qui a retrouvé sa cohérence avec la réforme de 2014 de F. Hollande) et moi qui aime tant Lille où je suis arrivé en 1963 avant d’aller à Villeneuve d’Ascq en 1970, une ville dont je suis un des élus depuis 1976,

j’appartiens trop aux Hauts-de-France et j’aime trop Lille pour réduire, comme on le fait trop souvent à mon goût, notre région, à « Bienvenue chez les Ch’tis » et notre grande Métropole Européenne de Lille à sa grande braderie, ses tonnes de moules et de frites, ses bières qui coulent à flots et ses (au moins) centaines de milliers de visiteurs venus de plus en plus d’ailleurs, pour y faire la fête.

J’ai donc, en ce lundi 2 septembre, après que des centaines d’agents communaux lillois et salariés d’entreprises de nettoyage aient débarrassé les rues de Lille de dizaines de tonnes de déchets, décidé de parler « solidarité », une valeur en déclin sinon « à la dérive » chez les tenants d’un soi-disant « Nouveau Monde » qui nous font faire (ou au moins accompagne) un bond en arrière de près de 2 siècles.

Un dossier a été mis sur la table du Président Macron et ses marcheurs venus de la droite LR et du PS, celui de « la réforme des retraites » qui ouvrira, (s’il passe), « grande la porte » de la disparition de la notion même de solidarité et ce, avant « la sécu » qui suivra  rapidement pour entrer pleinement dans un monde ultra-libéral dont on connaît les effets ailleurs où la retraite résulte de la capitalisation des cotisations au profit de fonds de pensions qui spéculent et parfois disparaissent… et où, pour se soigner, on n’a pas de carte vitale à sortir mais une carte bancaire qu’il faut avoir sous peine de n’être pas soigné.


Lettre de Jean Jaurès aux instituteurs 
“Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants. « 

Les portes de ce « nouveau monde » ont déjà toutes été entrouvertes et on en connaît les conséquences dans tous les domaines en particulier de l’environnement et des transports, mais là, avec la fin « de fait » d’une retraite par répartition qui résulte d’une solidarité entre générations au profit d’une retraite par points et donc par capitalisation,

non seulement les niveaux de retraites vont baisser, non seulement elles dépendront de la valeur du point fixée par « les princes qui nous gouverneront », une valeur qui sera pour eux une variable d’ajustement de leurs budgets du moment,

et quand on nous dit que c’est « un système plus juste » car « un euro cotisé donnera les mêmes droits », cela signifie que celles et ceux qui ne pourront avoir suffisamment de points ne pourront plus bénéficier de régulations ou de traitements inégalitaires au titre de la solidarité intergénérationnelle pour toutes celles et tous ceux qui, pour de multiples raisons, ont besoin de cette solidarité.

Je voulais le dire très clairement car je ne suis pas sûr que tout le monde l’ait bien compris en particulier chez les élu(e)s venu(e)s de la gauche qui ont déjà rejoint ou qui se préparent à rejoindre « la macronie » à l’occasion des élections municipales prochaines.

Qu’il y ait des réformes  à faire dans le système actuel par répartition, c’est évident, y compris dans certains régimes dits spéciaux, je ne le nie pas.

Encore faut-il en connaître toutes les raisons qui, pour la plupart, ne sont pas des privilèges mais des compensations.

Qu’on veuille « jeter le bébé avec l’eau du bain » je ne l’accepte pas.

Il suffit d’écouter le MEDEF quand le Président Macron (né politiquement des socialistes et au service, il y a quelques années, de socialistes) émet sinon des doutes sur son projet, mais au moins « un souhait de prudence »…

Oui je le dis, de toutes les décisions prises par eux depuis 2 ans et demi, si j’ai dit mes désaccords, aujourd’hui, avec ce projet de réforme des retraites, je suis en complet désaccord car il en sera fini de la valeur même de solidarité pour les retraites avant que vienne le tour de la Sécurité sociale où, avec le même raisonnement, « on nous dira un jour qu’avec les euros cotisés, on aura droit à « une cagnotte » dans laquelle on pourra « piocher » pour nous soigner jusqu’à ce qu’elle soit vide.

Les assurances privées « s’en lèchent d’ores et déjà les babines ».

Il en sera effectivement fini d’un « ancien monde » et de ses valeurs, fruits de décennies de luttes ouvrières et citoyennes, face aux tenants du pouvoir et de l’argent arc-boutés sur « la loi du plus fort » et « celle des plus riches », des lois qui se conjuguent pour donner aux mêmes, toujours plus de pouvoirs et de richesses.

C’est Françoise Dolto qui nous disait déjà dans les années 80 du 20ème siècle :

« Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences ».

C’est d’ailleurs ce que nous faisons dans nos communes et collectivités locales, à des degrés divers certes, en fonction des sensibilités et des idées politiques, mais sans véritable « canyon » entre les un(e)s et les autres comme celui qui se forme entre « l’ancien monde » de celles et ceux qui ont fait la France et « le nouveau monde » qui risque de la défaire.

On comprend peut-être ainsi mieux les velléités parisianiste et technocratiques qui visent à réduire le poids des élus locaux en particulier qui sont « des empêcheurs de libéraliser à fond » non seulement en limitant à 3 le nombre de mandats identiques consécutifs mais en leur posant un « carcan financier » tout en accroissant le poids des besoins citoyens sur les Maires qui sont les plus proches et donc les plus fragiles surtout pour faire face à des questions qui ne sont ni de leurs compétences (ex sécurité, service de l’État à la dérives, …) ni dans leurs moyens budgétaires.

Pour autant, les mêmes à Paris voudraient conquérir des villes en mars 2020.

Ils utilisent pour cela la bonne vieille méthode de « la carotte et du bâton », en « achetant » les uns et en « cognant » sur les autres…

Certes, « l’ancien monde » n’en était pas exempt mais « le nouveau monde » « l’a gravée dans le marbre »…, la violence sous toutes ses formes en plus ! 

Je suis bien placé pour le savoir…

Ils voudraient, disais-je, quand même conquérir des villes car un ancrage local est une nécessité pour tout appareil politique qui veut durer au-delà du « temps béni de la conquête », en mode commando…

Si j’ajoute que les collectivités locales sont les meilleures, voire les seules garantes de la solidarité pour réussir à faire vivre ensemble des citoyen(ne)s dans toute leur diversité,

qu’on ne peut pas se permettre d’affaiblir aussi à ce point la société française, c’est aussi parce qu’en 2020 on entrera dans la décennie de tous les enjeux et de tous les dangers :

  • Au niveau planétaire, de l’environnement et de l’avenir même de l’espèce humaine à l’horizon 2050 / 2060.
  • Au niveau de l’Europe qui risque d’exploser et nous renvoyer aux années 20 / 30 du 20ème siècle.
  • Au niveau de la France avec ses 67 millions d’habitants dans un monde qui file vers les 10 milliards dans quelques décennies.
  • Au niveau même, et plus modestement sans doute, de Villeneuve d’Ascq et son modèle envié qui dérange,

fait d’équilibre nature-habitat-économie,

de ses services qui font la solidarité,

de ses mixités qui, correctement gérées, font sa richesse et son rayonnement,

de ses citoyens qui participent à la vie de leurs villes et qui devront y participer davantage encore après 2020,

tout cela, dit aujourd’hui brièvement, (mais on se doute que j’y reviendrai dans mes prochains carnets),

toutes ces raisons et d’autres raisons encore font que… malgré tout… je n’exclus pas d’essayer « d’exister encore », au moins au début de cette décennie vitale…

(Si d’ici là bien sûr, comme disait Monsieur Jean de La Fontaine, le vent n’a pas redoublé ses efforts « Et fait si bien qu’il déracine Celui de qui la tête au Ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts » (Le chêne et le roseau).

Si certains y pensent et l’espèrent avec plaisir, d’autres avec du déplaisir, voire avec une once de désespoir, je me mets « en ordre de marche » pour construire une équipe de large rassemblement faite d’anciens et de nouveaux élu(e)s, « Ensemble pour Villeneuve d’Ascq 2020 » pour la faire gagner en mars 2020 non seulement sur son riche bilan, mais aussi sur des projets dont j’ai déjà parlé et sur lesquels aussi je reviendrai :

Villeneuve d’Ascq, une Ville en mouvement, une Ville nature et nourricière, une Ville de la participation citoyenne, une Ville universitaire, une Ville de la diversité dans toutes ses dimensions, une Ville avec des citoyens à part entière quel que soit leur âge, une Ville de services et « au service », une Ville active au sein de la MEL, une Ville de l’innovation en particulier humaine, une Ville au rayonnement culturel et sportif, une Ville qui a ses associations au cœur etc… etc…,

somme toute « la Ville que j’ai en tête » depuis plus de 4 décennies et que j’ai servie de tout mon être tout au long de ces années de vie.

Un rêve encore ?

                        sûrement…

Une réalité à venir ?

                        peut-être…

Une volonté intacte ?

                        ça, c’est sûr !

Reste à voir ce qui se passera dans les prochaines semaines,

sachant qu’ « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »

sachant que si certaines attaques qui ont été portées contre moi pour m’éliminer ont atteint le niveau de l’ignominie, je ne suis pas complètement à l’abri de nouvelles attaques.

Elles m’ont quelquefois « abattu » (sinon pire),

sachant que si les « cicatrices » en resteront toujours douloureuses,

je ne suis et ne serai jamais du genre à me coucher devant qui que ce soit et donc à me dérober devant mes devoirs si mes concitoyens le souhaitent.

Si je n’ai vraiment pas envie, à l’image de Jean Baptiste Poquelin dit Molière le 17 février 1673, de « mourir sur scène » ou presque, j’ai toujours envie de servir mes concitoyen(ne)s et de défendre mes valeurs tant que j’en aurai personnellement la force et les soutiens citoyens nécessaires.

Et pour terminer, comme l’a dit Victor Hugo :

« Savoir, penser, rêver. Tout est là »

« Oser, le progrès est à ce prix ».

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