Carnet n° 567 du 12 Août 2019

« Les Maires sont-ils en danger ?»

Cette semaine « un peu creuse » du mois d’août, celle du 5 au 12 août où beaucoup de celles et ceux qui peuvent prendre des vacances sont partis, aura été marquée par la mort, lundi, de jean- Mathieu Michel, Maire de Signes, « dans l’exercice de ses fonctions ».

Après ses obsèques de vendredi qui ont, au cœur de sa ville, rassemblé beaucoup d’élu(e)s et de citoyens de tous âges et de toutes sensibilités, en donnant lieu à beaucoup de commentaires et de messages d’hommages, c’est François Baroin, Président de l’AMF, Association des Maires de France, qui, pour moi, a le mieux résumé les éléments d’une évolution constitutive d’une situation qui a fait titrer son propos dans le journal du Dimanche, « les Maires sont en danger », un titre que j’ai repris pour titrer mon 567ème carnet, mais sous une forme interrogative, vu que dans la société d’aujourd’hui il n’y a pas que les Maires et les élus locaux qui sont en danger sous toutes les formes du terme mais aussi un nombre croissant de citoyen(ne)s confrontés à une violence qui « explose », depuis des tueries de masse comme aux États-Unis et des attentats terroristes jusqu’aux agressions écrites, verbales, dans la rue, par courriers anonymes, sans oublier les réseaux internet…

Comme l’avait écrit Jean de la Fontaine dans sa fable « les animaux malades de la peste », « ils ne mouraient (mouroient, dans le texte original, mais tous étaient (estoient) frappés ».

Et ce n’est pas rendre service aux élu(e)s, quels qu’ils soient, d’en faire les seules victimes de cette violence sociétale qui nous mine, même s’il a raison quand il écrit : « insultes, violences verbales, menaces sous forme de lettres anonymes ou via les réseaux sociaux », … « ce qui était un élément marginal il y a 10 ou 15 ans devient un élément dominant ».

 L’élu, avec 43 ans de mandats que je suis, le sait et ne cesse de le répéter : s’il y a quelques 4 ou 5 décennies encore, on respectait l’instituteur, le curé et le maire, aujourd’hui il n’est pas rare que « l’instit » se fasse gifler, les curés se sont rarifiés et les Maires sont devenus souvent le « punching-ball » de presque tous et sur tous les sujets…étant seuls à être pour beaucoup « restés en proximité citoyenne ».

Et si des mesures comme celles réclamées par M. Baroin peuvent améliorer les choses à la marge, le Maire restera toujours celui que l’on peut croiser, rencontrer, aborder…(ou pire) n’importe où, n’importe comment et n’importe quand, dans les rues, les commerces, les manifestations associatives et citoyennes, dans son village ou dans sa ville…et à ce titre, toujours et de plus en plus, potentiellement vulnérable.

Si on ajoute à cela des politiques qui accroissent ses responsabilités et les colères de ses concitoyens car accompagnées de baisses de moyens pour les communes, des campagnes médiatiques ou autres menées contre eux un peu partout et à tous propos, les mécontentements, voire les haines, qu’ils génèrent en prenant des décisions courageuses en matières foncières, environnementales ou de défense d’une France laïque, ce n’est pas en essayant de les « garrotter », ni en jouant sur le terrain politique « de la carotte et du bâton », ni en limitant le droit des citoyens de les réélire (en limitant à 3 le nombre de mandats consécutifs), qu’on améliorera la situation…, bien au contraire.

J’avoue à ce stade, et en pesant mes mots, que le message du Président de la République lu lors des obsèques par Madame la Ministre Gourault qui nous promet de « veiller personnellement à ce que… la réponse soit toujours ferme, exemplaire et sans complaisance »…, ne saurait me rassurer pas plus que, je le sais, elle ne satisfaiera mes collègues élu(e)s.

Je l’ai dit souvent et je le répète une fois encore, les plus de 500 000 élu(e)s locaux sont une richesse qu’aucune structure administrative, dont le nombre d’ailleurs diminue localement, ne saurait remplacer.

Alors que les  « princes qui nous gouvernent » et « leurs relais » cessent de « vouer aux gémonies » (gémonies : lieu où à Rome on exposait les corps des suppliciés) les élus locaux et, au contraire, leur donnent les moyens de tous ordres de remplir correctement des tâches rendues de plus en plus difficiles !

C’est ainsi et seulement ainsi, plus que par de « bonnes paroles convenues » qu’un véritable hommage doit être rendu au Maire de Signes pour que sa mort injuste ne reste pas inutile et sans lendemain…

Combien de fois me le suis-je répété depuis quelques années, ces derniers mois et ces dernières semaines : notre engagement d’élu(e)s a-t-il encore un sens ? Vaut-il encore la peine d’y consacrer l’essentiel de sa vie ? Quel moteur nous reste-t-il si nous perdons même le respect dû à notre fonction ?

Alors, face à ces questions existentielles, j’essaie de me répondre que mon utilité n’aura pas été négligeable pour les citoyen(ne)s que j’aurai « aidé(e)s à être » tout au long de ces années, individuellement et collectivement, que ma Ville, Villeneuve d’Ascq, que j’ai connue fragile et menacée en 1976 et qui est aujourd’hui dans le top 2, 3 ou 4 de la MEL, me doit peut être un minimum de reconnaissance du travail que j’ai accompli, qu’elle est vraiment un modèle de Ville du 21ème siècle où on a su équilibrer  nature et urbanisme, rayonnement, attractivité et dimension humaine, services publics et modestie fiscale, mixités dans le respect des différences etc etc..

Et tout cela grâce au concours et à l’énergie du plus grand nombre car, comme le dit un proverbe africain :

« Si seul on va (peut-être) plus vite, ensemble on va (toujours) plus loin ».

Si aujourd’hui trop de centres villes « traditionnels », nés souvent au moyen âge, sont moribonds et si ceux qui sont nés dans les années 60/70 du 20ème siècle autour de centres commerciaux sont désertés dès le soir arrivé,

il suffit d’aller un soir à l’UGC Ciné-Cité d’Héron Parc, de voir les terrasses animées des cafés et restaurants qui l’entourent, tandis que les commerces de quartier à Villeneuve d’Ascq ont bien tenu malgré leurs difficultés,

il suffit, disais-je, d’ouvrir les yeux et de vivre cette nouvelle ambiance urbaine villeneuvoise,

là aussi pour se dire « qu’on a, collectivement, bien travaillé et qu’il faut continuer dans le même sens, car, comme le dit la chanson : « rien n’est jamais acquis… »

Je sais, de par mon expérience, « la fragilité des choses de la vie ».

Je sais, qu’il est toujours plus facile de descendre que de monter (et encore plus difficile de remonter quand on a descendu)…

C’est pourquoi, en ce 12 août, je m’interroge encore sur ma place dans l’avenir,… sinon, croyez-moi, ma décision de prendre « ma retraite » aurait déjà été préparée et prise depuis longtemps.

J’en ai presque terminé en cet instant avec l’écriture de mon 567ème carnet, commencé avec « la mort d’un Maire dans l’exercice de ses fonctions », le Maire de Signes à qui la société et ses dirigeants doivent davantage à lui, ses proches et ses collègues, que des formules, « convenues »,

continué par l’évocation des 43 ans de ma vie d’élu d’une ville, Villeneuve d’Ascq, née en tant que ville, il y aura bientôt 50 ans après des siècles de vie et d’histoire des 3 communes qui l’ont constituée le 25 février 1970,

avant de le terminer avec le salut attristé que j’adresse à un agriculteur villeneuvois, Bernard Bonvarlet, qui vient de nous quitter, à qui nous devons, grâce à sa pugnacité, lui qui avait vu sa ferme et ses terres expropriées par l’EPALE pour y construire un quartier de la Ville Nouvelle, d’avoir, avec moi qui l’y ai aidé, contribué à transformer « un plan d’eaux pluviales » que devait border une dense urbanisation, en un lieu « magique », naturel, un des plus attractifs de notre MEL, le lac du Héron entouré de centaines d’hectares, d’espaces verts, agricoles et de nature, en y élevant des chevaux en pâtures sur des terrains mis par nous à sa disposition et ce, à partir de sa ferme qu’il avait aussi pu racheter grâce à notre soutien.

Il avait du caractère, un caractère certes bourru… mais quel bonhomme !

« Salut l’ami… et au revoir ! ».

On l’aura compris en me lisant une fois encore si, comme l’a écrit François Mitterrand :

« Dans la vie, il faut essayer d’aménager les cycles qui vont de la lassitude à l’enthousiasme »

et si parfois c’est particulièrement difficile, jusqu’à mon dernier souffle pour et grâce à mes proches amis, collègues et citoyens qui m’y aident, j’essaie et j’essaierai toujours de le faire. 

C’est ma manière, bien modeste, de m’inscrire dans la lignée de la pensée de Léonard de Vinci :

« Comme une journée bien remplie nous donne un bon sommeil, une vie bien vécue nous mène à une mort paisible »

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