Carnet n° 512 du 23 juillet 2018

« Lettre au Président Macron »

 

Contrairement au style et au mode d’écriture de mes carnets habituels, en ce lundi 23 juillet 2018, après (et avant) une semaine comme je n’en ai jamais connue dans une vie publique pourtant bien longue, j’ai choisi, en écho et sur la musique d’une chanson de Boris Vian de février 1954 restée célèbre par sa dimension prémonitoire, d’adresser, via mon blog, une « lettre ouverte » au Président Macron, commençant ainsi :

 

« Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être si vous avez le temps… »

Oui Monsieur le Président, comme beaucoup de Français, j’ai voté pour vous en mai 2017, non pas pour les politiques que vous mettez en œuvre depuis et qui consistent à enrichir les très riches tout en appauvrissant, à des degrés divers, tous les autres,

oui j’ai voté pour vous pour éviter l’élection d’une Présidente d’extrême droite ou d’un Président de la droite dure,

avec peut-être un petit zeste d’espoir que vous aviez distillé avec une réelle habileté et que de plus jeunes que moi avaient voulu m’en convaincre de la réalité.

Il ne vous a pas fallu un an pour montrer votre vrai visage quant à la forme et, sur le fond, le vrai sens de vos politiques qui n’ont vraiment rien de neuves et qui, au contraire, nous font reculer de plus d’un siècle en matière économique et surtout sociale.

Finalement, vous avez pu vous féliciter (et vous réjouir) d’avoir su faire passer, en quelques mois, sans trop de tempêtes, ce dont les droites rêvaient depuis des décennies et ce, grâce à votre habileté.

Vous avez allumé ainsi de multiples « petits feux » à première vue inoffensifs, car aux motifs souvent contradictoires (ce qui a d’ailleurs contrecarré Messieurs Mélenchon et Martinez qui espéraient les voir s’agréger).

Mais Monsieur le Président, si vous aviez l’expérience, ne serait-ce que d’un petit élu local comme moi, vous auriez su qu’en multipliant ces petits feux, il suffit un jour d’un bon coup de vent pour que tout s’embrase et qu’on passe presqu’instantanément de petits feux à un vaste incendie.

C’est ce que vous connaissez depuis quelques jours et que « vos pompiers de services Elyséens » ne sont pas prêts de réussir à éteindre.

Et à l’instar du chêne de la fable de Monsieur de La Fontaine  n’oubliez jamais sa conclusion : « le vent redouble ses efforts et fait si bien qu’il déracine celui de qui la tête au Ciel était voisine et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts ».

Ce vent est arrivé en cette semaine écoulée. Il faut dire que « vous aviez fait fort » dans l’affaire en cours.

Monsieur le Président, comme l’aurait dit (nous dit-on), un de vos proches, si vous avez gagné l’Elysée « en mode commando » à coups de grande séduction et de petites « tromperies », en vous appuyant sur certains jeunes attirés par votre jeunesse… tout en veillant bien à « acheter » de « vieux politiciens sur le retour »,

si vous avez pu ainsi démolir de vieilles structures politiques et avec elle « un monde qualifié de vieux », vous avez, en fait, entrepris de reconstruire un monde plus vieux encore avec des outils à l’allure certes plus jeune mais des techniques qu’on aurait pu croire à jamais disparues.

Il y a une semaine, sous les feux de la Coupe du Monde de football et des médias, tout semblait vous être acquis et vos troupes (« gardes rouges » ou « Marie Louise ») rêvaient de faire « main basse » sur bien des villes en mars 2020 après avoir raflé de nombreux sièges de Députés Européens en juin 2019.

Et paf !… à l’image de « la laitière et le pot au lait », poème de Jean de La Fontaine à lire et à relire jusqu’à sa conclusion :

« Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée…

… On m’élit roi, mon peuple m’aime ;

Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant ;

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

Je suis gros Jean comme devant ».

En l’occurrence, il a fallu une vidéo pour démasquer un système, une simple vidéo pour mettre à jour certains comportements… et peut-être pire quand on se rappelle les graves incidents survenus dans le cortège parisien du 1er mai dernier !

Monsieur le Président, quoi qu’il en soit, sauf à imaginer l’inimaginable ce que je me refuse de faire, … vous êtes Président jusqu’en mai 2022.

Je vous le demande : Reprenez pied sur « le bon chemin » ! Ecoutez nos forces vives et tous les élu(e)s à tous les niveaux de notre République !

François Mitterrand savait le faire en n’écoutant pas et en ne sollicitant pas que les avis de ses courtisans… Je fus en son temps (parmi bien d’autres) un de ceux là… très éloigné de « la cour Présidentielle » mais proche des citoyens.

Monsieur le Président, élu depuis 42 ans, j’avais décidé de me retirer.

Aujourd’hui devant la situation dans laquelle vous avez plongé la France, je m’autorise à m’interroger encore.

Quand je visite les chantiers de travaux dans ma Ville, je me dis que nous, les élus locaux, grâce à la décentralisation que vous remettez en cause de différentes manières, on fait mieux que l’État.

Quand je visite nos centres de vacances et nos centres de loisirs d’été (sans médias écrits ni télévisions à mes côtés), je peux ajuster en permanence nos politiques aux réalités sociétales et humaines.

Quand je vois « l’état de ma ville », je me dis que plus que des discours et des plans nouveaux portant les noms de leurs ministres successifs, il nous faut de la continuité, de la globalité et de l’humanité, car il faut agir pour éviter de descendre une pente ou pour la remonter au moins sur une ou deux générations.

Quand nous construisons à Villeneuve d’Ascq un Centre Ville du 21ème siècle « sans jeter l’argent par les fenêtres » nous faisons ce que l’État n’a jamais  plus su faire depuis les Villes Nouvelles du Général de Gaulle.

Quand nous protégeons la nature et l’agriculture de proximité, quand nous aidons la vie associative citoyenne, quand nous faisons du partenariat économique, quand nous valorisons nos universités et que nous ouvrons nos écoles sur le monde, quand nous développons du sport et des sports pour tous, quand nous diversifions des habitats adaptés à chacun(e)s,

oui, nous élu(e)s locaux, nous faisons notre travail et vous feriez bien, Monsieur le Président, de vous en inspirer !

« Monsieur le Président je vous fait cette lettre que vous lirez peut-être » :

Arrêtez d’allumer des feux,

Arrêtez de vous croire « le centre du monde » et même celui de la France en vous rappelant le pourcentage et le nombre de voix que vous avez fait au premier tour des Présidentielles de 2017,

Arrêtez de prétendre faire du neuf quand vous ne faites que recycler du « très vieux ».

Regardez les femmes et les hommes de France plutôt que d’attendre qu’ils vous regardent et vous admirent.

Il vous a fallu un an pour tout gagner. Craignez de tout perdre en encore moins de temps.

Croyez-moi, Monsieur le Président, vous allez d’abord perdre celles et ceux qui vous doivent tout puis celles et ceux qui ont cru en vous, et je ne parle pas de celles et ceux qui ont trahi leurs camps pour vous… certains ont d’ailleurs commencé à faire mine d’être « En marche… arrière ».

« Monsieur le Président je vous fais cette lettre »… que vous ne lirez sûrement pas…,

je suis trop petit, trop anonyme sans doute, pour cela.

Mais je sais que bon nombre de vos amis et de vos adversaires la liront, que ma parole au moins dans ma région continue à compter et que j’ai la capacité d’un élu local d’éviter de commettre trop d’erreurs et ce, en écoutant mes concitoyens.

J’ai eu pour cela un Maître qui, lui, est resté Président de la République Française durant 14 ans,

François Mitterrand, un Président et un homme qui reste et restera dans nos cœurs et dans nos mémoires… en particulier de celles et de ceux, qui comme moi se réclament encore fièrement de « la Génération Mitterrand ».

Monsieur le Président, je vous fais cette lettre que vous ne lirez pas, faute de temps… et c’est compréhensible, faute surtout d’intérêt pour ce qui n’est pas vous et votre monde…,

et cela c’est bien dommage, sinon pour vous, mais pour notre pays, la France, à la tête duquel vous êtes et peut être resterez…

Avec mes salutations citoyennes et Républicaines !

 

G Caudron

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